Les nouvelles frontières du travail – cycle de conférences-débats

En partenariat entre les Masters RH de la Faculté d’Economie Gestion (Université Aix-Marseille) et le LEST (Laboratoire d’Economie et de Sociologie du Travail), l’APSE organise cette année un nouveau cycle de conférences sur les enjeux et les problématiques actuelles du travail.

Pour cette quatrième année de conférences, nous poursuivons le cycle consacré aux nouvelles formes du travail. Comment les principes et les modalités d’organisation de l’activité de travail se transforment-elles aujourd’hui dans les organisations ? Comment contribuent-elles à modifier les conditions de l’activité des salariés et les modalités de l’engagement dans leur travail ? Comment contribuent-elles à déplacer les frontières traditionnelles du monde du travail et les rapports sociaux de production ? Quelles sont les conséquences de ces nouvelles formes de travail sur celles et ceux qui le réalisent comme sur celles et ceux qui l’encadrent ? Telles sont les questions auxquelles ces conférences chercheront à apporter des éléments de réponse.

Ouvertes à toutes et tous, étudiants, représentants du personnel, professionnels des RH et salariés, chercheurs, consultants et praticiens des sciences sociales, ces conférences sont organisées autour de la présentation, par leurs auteurs, de récents ouvrages de sciences sociales, consacrés à l’étude des transformations du monde du travail et des pratiques de management dans les établissements français.

Pour aborder cette réflexion, et dans le prolongement des trois premières éditions de ce cycle de conférences, les auteurs invités ont réalisé des travaux de recherche adossés à des enquêtes de terrain approfondies. Ils permettent de ce point de vue de réfléchir d’une part à ce que produisent concrètement les dispositifs de management sur le terrain et d’autre part, à la manière dont la réalité du travail vécu peut permettre l’invention de nouvelles réponses individuelles et collectives. Chaque présentation par les auteurs sera suivie d’une discussion avec le public.

PROGRAMME DES CONFERENCES DE CE CYCLE

11 octobre 2018, 17h30-19h (FEG Marseille)
Thomas Coutrot, Economiste et statisticien du travail, «Libérer le travail, pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer.»

La moitié des Français expriment un mal-être au travail. Une organisation néo-taylorienne soumise au rendement financier est en train de détruire notre monde commun. Cette machine à extraire le profit écrase le travail vivant.

Contre les « réformes » néolibérales du travail et l’ubérisation, on a raison de lutter. Mais pour défendre les conquêtes du salariat et prendre soin du monde, il nous faut repenser le travail. Nous avons besoin d’un souffle nouveau, d’un « avenir désirable ».

La gauche politique et syndicale a trop longtemps privilégié le pouvoir d’achat au pouvoir d’agir dans le travail. Paradoxalement, les innovations dans ce domaine sont d’abord venues des managers : « l’entreprise libérée » inspire des initiatives patronales souvent futiles et parfois stimulantes. Et si on libérait le travail, vraiment ? C’est possible : ce livre en fait la démonstration !

22 novembre 2018, 17h30-19h (FEG Aix)
Marie-Christine Bureau, chargée de recherche CNRS, chercheur au CNAM et au Lise, «Makers, enquête sur les laboratoires du changement social.»

La révolution technologique dont l’imprimante 3D n’est qu’un des vecteurs les plus médiatiques a d’abord été portée dans des espaces qui ressemblent davantage à des garages qu’à des laboratoires de pointe. Animés par une même volonté de bricoler, détourner, récupérer, inventer, leurs promoteurs, les makers, sont à l’origine d’un mouvement culturel de transformation, par la pratique, des manières de faire, de produire par soi-même, de consommer et d’apprendre, inspirées par un principe de libre accès aux outils et aux savoirs, ils ambitionnent de transformer leur environnement, leur vie quotidienne, voire la société tout entière.

Cet ouvrage, issu d’une enquête au long cours, nous ouvre les portes d’une trentaine de hackerspaces, fab labs, hacklabs et autres tiers-lieux en France et à  l’étranger afin de comprendre ce que font concrètement les makers et l’impact de leur action.

En analysant les valeurs communes comme les tensions qui structurent le monde du « faire ensemble », il prend au sérieux ses promesses de rupture avec le capitalisme et l’ordre industriel dominant pour les interroger. A quelles conditions ces nouveaux modèles de travail et de coopération constituent-ils une alternative durable pour la société de demain ?

24 janvier 2019, 17h30-19h (FEG Marseille)
Camille Lévy, Université Paris Dauphine, IRISSO, Orange Labs, «Les outils big data RH, enquête sur une (non) révolution.»

Les outils big data sont de plus en plus présentés comme la solution révolutionnaire pour les services RH. Comment ces outils fonctionnent-ils, quelles sont les conséquences organisationnelles et sociales des choix techniques effectués, dans quelle mesure les collectifs de travail dans les services RH s’approprient-ils ces outils ? Il faut pour répondre à ses questions resituer les outils big data RH dans leurs contextes sociaux et organisationnels, voir comment ils s’inscrivent dans l’évolution globale des politiques ressources humaines et dans les transformations propres à une organisation. A travers une enquête qualitative auprès des commanditaires, des concepteurs et des utilisateurs, on peut percevoir le décalage entre la mythologie entourant ces dispositifs, leurs (dys)fonctionnements et leur difficile intégration dans le quotidien des services RH.

21 mars 2019, 17h30-19h (FEG Marseille)
Guillaume Gourgues, Maitre de conférences en Science Politique Université de Franche-Comté, «Pourquoi ils ont tué Lip, de la victoire ouvrière au tournant néolibéral.»

Cet ouvrage propose de suivre l’hypothèse d’une mise à mort politique de l’entreprise horlogère, en la réinscrivant dans un tournant néolibéral qui la dépasse et l’explique. Engagés dans un travail commun, explorant des séries d’archives inédites, Claude Neuschwander et Guillaume Gourgues retracent ici méticuleusement cet épisode majeur de l’histoire du capitalisme français qu’a été la relance de Lip.

Considérer la fin de Lip comme le résultat d’une stratégie délibérée débouche sur une lecture nouvelle de l’ordre néolibéral actuel qui s’enracine précisément dans cette seconde moitié des années 1970. Cet ouvrage rappelle que le fonctionnement de l’économie se fonde largement sur des choix politiques, et que les licenciements n’ont pas toujours été considérés comme une inévitable loi du marché ou une variable d’ajustement nécessaire de la compétitivité des firmes.

De l’innovation technologique à la transformation sociale / Journées du Risque (Nantes, 11/12 septembre 2018)

L’APSE est partenaire des Journées du Risque 2018

ESCALES AUTOUR DU NUMÉRIQUE
De l’innovation technologique à la transformation sociale

11 & 12 septembre 2018 à la Cité des Congrès de Nantes

Les Journées du Risque organisées dans le cadre de la Chaire RITE visent à initier des débats interdisciplinaires sur la mesure du risque, ses représentations sociales et les processus de régulation et de décision.

Chercheurs et industriels sont conviés à présenter leurs recherches et faire part des problématiques auxquelles sont confrontées leurs entreprises dans un contexte de transformation du monde du travail.

Les Journées seront organisées sous la forme de 7 Escales :

Escale 1 : Industrie du futur : un nouveau monde industriel ? Innovations technologiques et nouveaux modes de production
Escale 2 : Les Organisations à l’ère du numérique
Escale 3 : Le travail à l’ère du numérique
Escale 4 : Numérique et habitat (Recherche-Action menée auprès de 6 organismes d’habitat social)
Escale 5 : Transition industrielle et enjeux éthiques de la “nouvelle économie”
Escale 6 : De la donnée à la connaissance : Big Data et Intelligence Artificielle
Escale 7 : Société de demain : Compétences et nouveaux métiers

Le colloque s’inscrit en préambule de la Nantes Digital Week

Programme détaillé et modalités d’inscription disponibles sur le site des Journées du Risque 2018.

L’entreprise, une affaire de société ?

mardi 29 mai 2018 de 18h30 à 20h30
Café du Pont Neuf
14 Quai du Louvre
75001 Paris

Dans les années 1990, le sociologue Renaud Sainsaulieu notait que l’entreprise était devenue une institution centrale de la société.
Ce début d’année 2018 semble lui donner raison tant l’entreprise est devenue une affaire de société pour reprendre le titre de l’ouvrage qu’il a dirigé aux Presses de Sciences Po.

L'entreprise, une affaire de société

Début 2018, plusieurs rapports (Notat/Sénard, Terra Nova…) ont fait de l’entreprise un « objet d’intérêt collectif » et évoqué l’enjeu d’une « entreprise responsable ».
Doublement responsable vis-à-vis de son environnement et des individus qui y travaillent.
La loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation de l’entreprise) en débat au printemps au Parlement revient sur ce qu’est l’entreprise et la place des parties prenantes, au-delà d’une conception exclusivement financière de l’entreprise.

Ce débat sur la raison d’être et les finalités de l’entreprise, sur sa gouvernance, la place des salariés intéresse tout particulièrement l’APSE et l’Afci (Association française de communication interne).
Il fait écho aux réflexions initiées au sein de nos deux associations sur les bouleversements contemporains de l’entreprise : transformations des organisations, nouveau rapport au travail, évolution du rapport à l’entreprise…

Dans le cadre des 20 ans de l’APSE, c’est donc conjointement avec l’Afci que nous vous invitons à nous rejoindre pour cette soirée-débat entre communicants, chercheurs et praticiens de la sociologie pour évoquer les incidences de ce questionnement du lien entre entreprise et société initié notamment par Renaud Sainsaulieu.

Pour nous aider à décrypter les enjeux du débat et échanger avec nous, nous recevrons :

  • Armand Hatchuel, professeur à Mines Paris-Tech, associé aux recherches du Collège des Bernardins sur l’entreprise, co-auteur avec Blanche Segrestin du livre « Refonder l’entreprise » ( Prix Afci du livre en 2012)
  • Martin Richer, directeur du cabinet Management & RSE, auteur du rapport Terra Nova « L’entreprise contributive » 

La séance sera animée conjointement par l’APSE et l’Afci.
Les participants pourront ensuite poursuivre les échanges et faire davantage connaissance, afin de consolider les liens entre nos deux associations.

L’inscription en ligne est obligatoire pour des raisons logistiques, cliquez ici.

Rencontre APSE à Grenoble le 30 mai 2018

mercredi 30 mai de 18h à 19h30

L’Épicerie Comptoir – Europole
4 place Robert Schuman
38000 Grenoble

A l’occasion de ses 20 ans en 2018, l’APSE organise un tour de France pour aller à la rencontre de celles et ceux qui s’intéressent aux usages des sciences sociales et de la sociologie dans les contextes professionnels.

Après des rencontres à Toulouse, Lyon et Marseille, nous avons le plaisir de vous convier à la prochaine étape à Grenoble le 30 mai 2018 de 18H à 19H30 à l’Epicerie Comptoir dans le quartier de la gare.

Grenoble

Les étapes du tour de France de l’APSE ont pour objectif d’initier une rencontre entre adhérents et sympathisants de l’APSE, et plus largement avec toutes les personnes (professionnels, consultants, coachs, étudiants, chercheurs…) intéressées par la question des applications concrètes de la sociologie dans l’espace économique et social contemporain.

Venez à notre rencontre pour un moment convivial de découverte de l’APSE, de ses activités et de ses projets ; pour échanger avec d’autres personnes intéressées par les usages de la sociologie dans les univers professionnels, et pour réfléchir ensemble aux activités qui pourraient être développées dans la région, pour dynamiser un réseau local autour de nos thématiques et favoriser les échanges pluridisciplinaires.

Cette rencontre est ouverte à toutes et tous, chacun(e) paye simplement sa consommation auprès de l’établissement qui nous accueille.

Pour des raisons logistiques, merci de vous inscrire en ligne sur le site de l’APSE pour confirmer votre présence – et n’hésitez pas à faire circuler l’invitation largement dans vos réseaux !

https://www.apse-asso.fr/apse-105-rencontre_apse_a_grenoble.htm

La fabrique de l’homme nouveau : travailler, consommer et se taire ?

mardi 22 mai 2018 de 18h30 à 20h30
café du Pont Neuf
14 Quai du Louvre
75001 Paris
Métro Les Halles, Pont Neuf ou Louvre-Rivoli

Dans le cadre de l’atelier de réflexion APSE “travail et numérique” nous vous proposons de venir à la rencontre de Jean-Pierre Durand, autour de son ouvrage La fabrique de l’homme nouveau (Le bord de l’eau, 2017).

Pour Jean-Pierre Durand, Professeur de Sociologie au Centre Pierre Naville (Université d’Évry Paris-Saclay) et directeur de la Nouvelle Revue du Travail, la conjonction de méthodes d’organisation du type lean management et de la financiarisation de l’économie ont rapidement transformé le travail et la consommation jusqu’à faire apparaître un « homme nouveau  » qui doit s’adapter aux conditions du capitalisme contemporain, en acceptant ce qui était hier inacceptable, par une rétractation des aspirations à la liberté et au bonheur.

L’encadrement des salariés et des travailleurs « indépendants » s’est renforcé, de bas en haut de l’édifice productif dans l’industrie et dans les services privés ou publics.
Par ailleurs, les promesses d’autonomie et de satisfaction dans le travail, malgré les progrès technologiques, ne semblent pas tenues.

Pour l’auteur, il en est exactement de même dans la consommation où les engagements des offreurs sont aujourd’hui rarement remplis, en particulier dans les services : le consommateur doit subir l’impersonnalité des dispositifs informatiques et automatisés, devant ainsi se soumettre à une dégradation de la qualité du service.

Alliant des analyses micro-sociologiques à des causes macro-économiques, Jean-Pierre Durand déconstruit les concepts et les pratiques de l’évaluation, de la reconnaissance, du travail des clients, etc. et conclut sur deux scénarios, l’un de régression sociale et l’autre d’un futur au contraire enchanté.

L’atelier “numérique et travail” de l’APSE vous invite à venir échanger avec l’auteur pour découvrir et débattre autour de son analyse, dans un cadre convivial et décontracté.

L’évènement est gratuit et ouvert à toutes et tous, membres ou non de l’APSE. Venez nombreux !

inscription en ligne en cliquant ici

Des usines à colis. Trajectoire ouvrière des entrepôts de la grande distribution.

Dans les entrepôts de la grande distribution alimentaire, l’introduction d’un nouvel outil de travail, le guidage par commande vocale, a considérablement modifié le travail des préparateurs de commande.

Auparavant caractérisée par l’absence d’enchaînement et la possibilité de prendre de l’avance, l’activité de préparation a évolué vers une temporalité restrictive comparable à celle d’un ouvrier sur chaîne.

Sous guidage vocal, « le nez dans le micro », le savoir-faire des préparateurs est réduit à un engagement physique.

L’usage du corps constitue alors une ressource en tant mode d’appropriation du sens au travail, mais également un rempart lorsque des pathologies font apparaître les limites de l’intensification.

Dans le cadre du cycle de conférences consacré aux nouvelles formes du travail, l’APSE, en partenariat entre les Masters RH de la Faculté d’Economie Gestion (Université Aix-Marseille) et le LEST (Laboratoire d’Economie et de Sociologie du Travail), vous propose de venir échanger sur cette thématique avec David Gaborieau, docteur en sociologie de l’Université Paris 1.

Cette conférence-débat est gratuite et ouverte à toutes et tous, membres ou non de l’APSE… Venez nombreuses et nombreux !

Jeudi 29 mars 2018 de 17h30 à 19h30

Faculté d’Economie et de Gestion
campus Marseille Colbert Ferry
14 rue Puvis de Chavannes (1er arr.)
Marseille

Inscription en ligne en cliquant ici.

Cycle “dialogues en entreprises” 2018

Tout le monde parle du dialogue en entreprise mais les travaux contemporains montrent que, malgré l’enjeu affiché de transparence dans les organisations et la banalisation des dispositifs d’expression, la qualité du dialogue au travail et sur le travail n’est pas forcément au rendez-vous. Ceci pose problème dans un contexte où salariés et managers font part de difficultés insolubles, dans leur activité comme dans les débats autour des moyens et finalités partagées. Selon les travaux empiriques auxquels nous nous référons, les échanges se font à la fois plus rares (par manque de temps et d’interactions directes), plus standardisés (car passés au crible des normes de relation imposées par les dispositifs d’expression) et moins pertinents (car ils ne portent pas forcément sur les « vrais problèmes » entachant la coopération). Les travaux analysant les causes de « mal-vivre au travail » aujourd’hui en France pointent de façon centrale les défaillances des ajustements collectifs et les dégâts causés par l’isolement et l’hyper-responsabilisation des individus. Inventer des nouveaux types de dialogue, par exemple relevant de la « controverse professionnelle » préconisée par exemple Yves Clot, est un enjeu collectif primordial.

C’est cette question centrale que nous mettrons au travail à l’occasion d’un cycle de rencontres-débats.

Ainsi, à la suite de nos échanges du « Café-socio » APSE du 15 mai 2017 , nous vous invitons à poursuivre la réflexion à travers trois évènements : deux  rencontres-débats en mars et mai 2018, présentées ci-dessous, puis un évènement autour des expérimentations ou nouvelles modalités de dialogues menées en entreprises, au dernier trimestre 2018 – les modalités seront précisées ultérieurement.

1-    LE DIALOGUE AU TRAVAIL, UN ENJEU POLITIQUE ? (Paris, 22 mars 2018 à 18h30)

A partir l’ouvrage de Marie-Anne Dujarier, Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres au travail (La Découverte, 2015).

Marie-Anne Dujarier propose dans son ouvrage les résultats d’une enquête menée pendant 10 ans dans des grandes organisations publiques et privées sur ces nouveaux cadres qu’elle désigne comme « planneurs » : Ceux qui, au nom de leur faculté théorique à rationaliser l’activité, pensent, diffusent, enrôlent et mettent en œuvre les dispositifs qui encadrent le travail des opérationnels, au détriment des logiques de métiers fondées sur des normes et savoir-faire établis par la pratique. Ce type d’encadrement structure « un rapport social sans relation » sans rencontre, qui « met à distance ce qui embarrasserait sa tâche et pourrait même la paralyser » produisant ainsi un management désincarné.

Marie-Anne Dujarier – sociologue du travail, professeure à l’université de Paris 7 Diderot, chercheuse du laboratoire LCSP et associée du LISE – articule sociologie et approche clinique du travail. Elle a publié L’Idéal au travail (PUF, 2006) et Le travail du consommateur (La Découverte, 2008).

Animation APSE : Catherine Boucher, Elisabeth Grosse (à confirmer)

Plus d’informations et inscription en ligne sur le site de l’APSE (cliquez ici).

2- LA NOVLANGUE MANAGERIALE : « Quand les mots ne collent pas aux choses » (Paris, 24 mai 2018 à 18h30)

Rencontre-débat autour de l’ouvrage d’Agnès Vandevelde-Rougalde, La novlangue managériale. Emprise et résistance (Eres, 2017) et du livre de Michel Feynie, Le « as if » management (Le bord de l’eau, 2012).

Expression formatée, euphémismes, anglicismes codés : la langue de bois managériale comme discours dominant dans les organisations promeut une vision auto-référencée, éloignée du travail réel et hermétique au débat. Quelle est sa fonction ? Est-elle une mise en scène du pouvoir ou un artefact utile au lissage des relations ? Quels sont les mécanismes qui contribuent à la fabrication et à la diffusion de ce discours ? Qu’est ce qui produit chez les récepteurs cette sensation de lien perdu au « réel » et qui anesthésie le dialogue ?

Ethnologue indigène sur son terrain, immergé en tant que salarié au sein de la branche commerciale d’une grande entreprise publique, Michel Feynie nous raconte son enquête minutieuse au pays du « as if » management, c’est-à-dire du management qui fait comme si tout allait bien, qui ignore les problèmes. Au travers des mots employés, il décrit le discours standardisé des dirigeants, porteur d’une fiction idéale de l’entreprise et révèle l’émergence d’une « communauté de langage », des injonctions d’exigence qu’elle véhicule, ainsi que son décalage avec les pratiques quotidiennes des salariés. Il s’intéresse au mal-être au travail généré par cette langue de bois qui « assomme » les salariés et il esquisse des pistes pour s’en protéger.

Michel Feynie est psychologue du travail et docteur en anthropologie. Chargé de cours à l’Université Bordeaux Ségalen, il a publié Les maux du management (Le bord de l’eau, 2010). Il anime des ateliers de réflexion sur le travail et les pratiques de management au sein de l’association Anthropologia.

Agnes Vandevelde-Rougale s’interroge sur les ressorts de l’intériorisation d’un discours managérial dominant par ses destinataires et en analyse les conséquences. Reprenant le terme de « novlangue » avancé par George Orwell dans 1984, elle utilise également l’image d’un virus pour caractériser l’incorporation de ce newspeak gestionnaire, à l’instar de Victor Klemperer qui, en son temps, proposait la métaphore de l’empoisonnement des esprits : « les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir ». Au-delà du mal-être, Agnès Vandevelde-Rougalde analyse comment l’imaginaire peut être bridé, les émotions et la critique empêchées de s’exprimer.

Agnès Vandevelde-Rougalde, diplômée de l’Ecole supérieure des sciences commerciales d’Angers et docteure en anthropologie et sociologie, est chercheuse associée au Laboratoire du Changement Social et politique (université Paris-Diderot-Paris 7), membre du Comité de rédaction de la revue Interrogations ?, membre du  Réseau International de Sociologie Clinique, membre du réseau thématique « sociologie clinique » de l’Association française de sociologie.

Animation APSE : Olivia Foli (maîtresse de conférences, CELSA-Sorbonne université), Catherine Boucher

Plus d’informations et inscription en ligne sur le site de l’APSE (cliquez ici).

Ce cycle de rencontres APSE est organisé en partenariat avec le CELSA et Nonfiction.

Performants… et licenciés. Enquête sur la banalisation des licenciements.

Dans le cadre du  cycle de conférences consacré aux nouvelles formes du travail, l’APSE organisait le jeudi 9 novembre 2017, en partenariat avec les Masters RH de la Faculté d’Economie Gestion (Université Aix-Marseille) et le LEST (Laboratoire d’Economie et de Sociologie du Travail), une conférence-débat avec Mélanie Guyonvarc’h, Maître de conférence en sociologie à l’Université d’Evry, Centre Pierre Naville, autour de son ouvrage Performants… et licenciés. Enquête sur la banalisation des licenciements (PUR).

Nous mettons à disposition ici une synthèse de la présentation, proposée par Mélanie Guyonvarc’h, que nous remercions très chaleureusement pour cet échange stimulant !

Pour accéder à la synthèse, merci de cliquer sur le lien ci-dessous (format PDF) :
Performants. et licencies_ M. Guyonvarch_Aix-en-Provence_09.11.17

Retrouvez également le programme des prochains évènements de l’APSE en cliquant ici.

 

Dialogues en entreprises – traits et perspectives

Traits et Perspectives du Café Socio du 15/05/17, au Viaduc Café (Paris), par le groupe-atelier APSE “Dialogues en entreprises”.

Quelques traits du café socio du 15 mai…

Avec ce café socio l’APSE inaugurait un atelier dédié à la question du dialogue dans l’entreprise. Vaste sujet ! D’où le choix (i) de conjuguer cet atelier au pluriel avec un « s » à dialogue et un autre à entreprise, et (ii) d’ouvrir le cycle de rencontres en donnant largement la parole au public.

Echanges fertiles et conviviaux en petits groupes et en plénière.

Après une brève introduction, les sous-groupes ont réfléchi autour de trois questions :

  1. Qu’est-ce que la question du dialogue en entreprise évoque pour vous ?
  2. En quoi de votre point de vue est-ce d’actualité ?
  3. Quels sont à ce sujet vos observations, questionnements sur la base de vos expériences,  de même que les travaux, auteurs, qui selon vous s’emparent du sujet de manière intéressante, le renouvellent ?

Trois grands thèmes sont ressortis des échanges en petits groupes et de la plénière qui a suivi :

  • Scènes sociales et diversité des formes de dialogues en entreprise (voir ci-dessous)
  • Dialogue en entreprise et temps en/de l’entreprise (« Le dialogue se nourrit du temps. Rôle et importance des échanges informels. Phénomène d’accélération empêche le dialogue et la pensée. Que devient une entreprise qui ne peut pas se poser ? »)
  • Dialogue et « co » : dialogue et confiance (« Le discours d’entreprise préconise beaucoup de « co » – construction, coopération, conversation…- mais dans les actes ? Pas beaucoup de dialogue ! Ce sont des limites mais aussi la voie ouverte » ; « Dia = à travers – et non pas deux-, dialogue pour créer de la confiance et pas forcément pour résoudre des conflits. Ça amène à la question  du sens »).

Parmi les auteurs cités : N. Aubert, TN. Clark, Y. Clot, C. Dejours, AM. Dujarier, F. Dupuy, O. Foli, G. Herreros, Goffman, PY.  Gomez, D. Linhart, M. Revaut d’Alonne, JD. Reynaud, H. Rosa.

Proposition du thème « Scènes sociales et diversité des formes de dialogues en entreprise » comme fil à tirer pour la suite de l’atelier.

Ce thème comprend une large palette de réflexions qui ont nourri les discussions, dont :

– dimensions « verticales et horizontales » du dialogue, « entre pairs et avec la direction de l’entreprise », «  informel et institutionnel », «  institutionnel et dans l’action », « convoqué », « périphérique », « dialogue financier et dialogue métier, chacun avec son langage ; avec des points de basculement, et l’ambivalence d’une ère gestionnaire où l’humain est évacué», :   il y a une multiplicité de formes de dialogues, et toutes ne sont pas cohérentes entre elles. Tout cela « évoque bien les dialogueS au pluriel ! ».

– et dans les start up ? De nouvelles modalités de dialogue ? Des dispositifs innovants ?

– en creux il y a la « parole empêchée ». « Que faire comme intervenante quand un sujet est impossible à évoquer ? Sur des conflits réputés non liés au travail » ; « Il peut y avoir du conflit mais qu’au moins on se parle».

Eclairant cette diversité et les enjeux qui y sont liés, deux champs ont émergé dans les discussions :

  • Le premier fait référence aux travaux sociologiques sur les humains et les non humains. « On ne dialogue pas seulement entre humains, avec des mots, mais aussi avec tout un ensemble d’outils – pas que institutionnels, nos ordinateurs, nos téléphones portables, nos papiers et nos prises de notes etc…».
  • Le second fait référence au concept de scène ; d’une part «  La scène sociale (cf. Goffman), avec les personnes qui changent d’attitude et de type de participation en fonction du contexte, de la scène d’énonciation» ; et d’autre part « l’idée développée par T.N. Clark, entendu au congrès de Montréal, de  renouveler l’analyse sociologique par les scènes,  concept ouvert et complexe, adapté aux changements contemporains, complexes et subtils, et pouvant aider à faire ressortir de nouvelles dynamiques ».

Pourquoi retenir ce thème en particulier ?
Deux raisons principales. La 1ère est qu’il s’agit nous semble-t-il d’un point de vue original et spécifique sur le sujet du dialogue, sujet par ailleurs vaste et très travaillé. Il y a donc là un fort potentiel de plus value. La 2nde tient au fait que ce thème a réellement émergé de la discussion collective, signant par là une dynamique collective qu’il nous semble motivant et prometteur de porter au-delà du café socio.

A bientôt donc pour la suite !

May Balabane – Parent du Châtelet, Catherine Boucher, Danièle Cerland Kamelgarn, Olivia Foli et Grégory Lévis.

Vous faites quoi dans la vie ?

— Vous faites quoi dans la vie ?
— Ben, je tâche de m’occuper.
— Et ça marche ?
— Ah ça, il faut demander aux autres !

Ce que l’on fait dans la vie, c’est un peu ce que l’on fait de sa vie, pour la vie des autres.
C’est ce que les auteurs de ce livre ont essayé de saisir au cours des rencontres avec leurs interlocuteurs.
Ils leur ont proposé de parler de leur travail et ça n’allait pas tout à fait de soi…

Qu’est-ce qui mérite d’être dit du travail sur la place publique ? Qui est pertinent pour en dire quoi ?
Qu’est ce qu’une personne est capable de dire de son propre travail ? Qu’est-ce qu’elle a envie de dire ?
Qu’est-ce que ça lui fait de dire son travail ? Qu’est ce que ça fait à son lecteur ?

Autant de questions certes pas vraiment nouvelles, mais qui sont revisitées d’une façon plutôt inédite à l’occasion de ce projet éditorial : recueillir des récits du travail écrit à la première personne, issus de tous secteurs professionnels, pour en composer un livre.

Comment procéder pour aboutir à ce type de « récit du travail » ?
Quelle méthodologie pour que, de l’interaction entre un auteur et un éditeur, émerge l’engagement subjectif d’une personne dans son activité ?
Les textes rassemblés dans ce livre ne sont pas la description générique d’un métier, dans une démarche documentaire, pas non plus des reportages, dans une démarche journalistique, pas plus l’analyse d’une activité, dans une démarche scientifique.
C’est un projet politique, porté par les deux auteurs, porté par la structure qu’ils animent, à statut coopératif : faire circuler une parole sur le travail comme contribution à la transformation sociale, à l’émancipation de celles et ceux qui y contribuent.

« Ce sont des récits engagés, qui expriment un point de vue personnel et assumé, une façon de faire le travail à sa main, comme on croit bien le faire, comme on sait le faire. Mais c’est aussi l’affaire de tous : le pilote d’avion nous transporte, l’ouvrière ramasse les pommes que l’on réduira en compote, le facteur nous livre le courrier, le chef de projet immobilier configure la ville dans laquelle on circulera demain, la femme de ménage fait le lit de l’hôtel dans lequel on couchera ce soir. » (dossier de presse)

C’est pour débattre avec vous de toutes ces questions que nous vous invitons à venir échanger avec les auteurs le 19 octobre 2017…

Patrice Bride assure des prestations d’accompagnement à l’écriture et la publication sur le travail, anime des formations sur des questions ayant trait à l’écriture professionnelle, de l’élaboration à l’édition. Il a été professeur en collège, formateur, rédacteur en chef de la revue Les Cahiers pédagogiques.

Pierre Madiot est l’auteur de L’école enfin expliquée aux parents (Stock), Enseignants, parents, réussite des élèves. Quel partenariat ? (CNDP), co-auteur de Sel, sable et soleil au pays de Guérande (Institut Culturel de Bretagne). Le travail d’écriture et de réécriture ainsi que la réflexion sur la chose écrite ont toujours été au centre de ses activités professionnelles et associatives.

Cette rencontre-débat est ouvert à toutes et à tous, adhérent(e)s ou non de l’APSE – venez nombreuses et nombreux !

Inscriptions en ligne en cliquant ici