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Sociologies Pratiques est une revue de sociologie fondée en 1999 par le sociologue Renaud Sainsaulieu et l’APSE. Aujourd’hui éditée par les Presses de Sciences Po, Sociologies Pratiques est intégrée dans la liste des revues scientifiques reconnues par le Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES).

Cette revue atypique paraît deux fois par an (hors numéros spéciaux) et donne la parole aux chercheurs et aux praticiens afin de témoigner de réalités sociales émergentes, de comprendre les mouvements de notre monde et de donner à voir une sociologie appliquée.

Le projet éditorial de la revue recherche un équilibre entre monde académique et professionnel, entre compréhension et action, tout en portant un regard sociologique pour comprendre le changement social.

La volonté de croiser témoignages d’acteurs de terrain – qui agissent au cœur des transformations – et réflexions de chercheurs – qui donnent les résultats de leurs enquêtes les plus récentes – fait de Sociologies Pratiques un espace éditorial et intellectuel original qui s’adresse à tout lecteur intéressé par la sociologie en pratique.

L’APSE soutient activement la revue en proposant notamment des évènements réguliers autour de chaque numéro, permettant aux auteurs de prolonger leurs analyses auprès du public, et en relayant les appels à contributions vers les différentes sphères, professionnelles comme académiques.

Pour pouvoir permettre à Sociologies Pratiques de développer sa visibilité et de poursuivre ce projet éditorial atypique, la revue a besoin de soutien, à travers les abonnements.

Si vous le pouvez, nous vous invitons donc à vous abonner à la revue sur le site des Presses de Sciences Po grâce au lien suivant :
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Les prochains numéros à paraître :
N° 39 : Entreprise et religions (diffusion mi-octobre 2019)
N° 40 : Renouveler la critique des outils d’évaluation chiffrés : le détour par l’observation ethnographique (diffusion : mi-avril 2020)
N° 41 : Peut-on manger sans risque ? Acteurs et instruments de la sécurité sanitaire (diffusion mi-octobre 2020)

Peut-on manger sans risque ? (appel à contributions)

La revue Sociologies Pratiques propose un appel à contributions pour son numéro 41 à paraître en 2020.

La revue Sociologies pratiques s’adresse aux chercheurs académiques et universitaires tout autant qu’aux professionnels, intervenants, consultants qui mobilisent la sociologie pour leurs travaux.

Les articles attendus peuvent être de deux natures.
D’une part, des analyses réflexives et sociologiques fondées sur des recherches empiriques récentes (analyses de témoignages, études de cas, débats critiques, etc.).
D’autre part, des analyses de pratiques professionnelles (témoignages de pratiques et réflexion sur les conditions de l’action, les justifications de l’action et les conséquences sur l’action).
Dans l’un comme dans l’autre cas, les articles doivent être analytiques et traiter de l’une ou de plusieurs des questions soulevées dans l’appel.
Les articles qui croisent différents axes développés dans l’appel sont les bienvenus.

Les intentions d’article (5.000 signes espaces compris) sont à adresser avant le 30 août 2019 par voie électronique à socioprat41@gmail.com
Elles devront contenir une présentation du questionnement sociologique, du terrain, de la méthodologie et des résultats proposés. Après examen, la revue retournera son avis aux auteurs le 30 septembre 2019. Les auteurs devront alors proposer une première version complète de leur article (27.000 signes espaces compris, bibliographie non comprise) pour le 20 novembre 2019. La revue paraîtra en octobre 2020. Toute intention d’article, comme tout article, est soumis à l’avis du Comité de lecture de la revue, composé des deux coordinateurs, des membres du Comité de rédaction et d’un relecteur externe qui œuvre en « double aveugle ». L’acceptation de l’intention d’article ne présume pas de l’acceptation de l’article. Le comité de rédaction se réserve le droit de demander des modifications aux versions successives et ce sans préjuger d’une publication finale.

Peut-on manger sans risque ?
Acteurs et instruments de la sécurité sanitaire

Coordination scientifique : Laure Bonnaud, IRISSO, INRA-CNRS-Université Dauphine, PSL
Coordination éditoriale : François Granier

Crise dite du « concombre tueur » (qui concernait des graines germées de fenugrec) en 2011 ; scandale européen des lasagnes de cheval en 2013 ; présences de salmonelles dans le lait infantile produit par une usine du groupe Lactalis en 2017-18 ; controverses récurrentes sur la présence de résidus de pesticides dans les fruits et légumes ou sur l’interdiction du dioxyde de titane utilisé comme additif dans les bonbons… : la longue liste des crises et scandales alimentaires en Europe ces dernières années montre la permanence des fraudes et des risques sanitaires de l’alimentation. Pourtant, en 2002, l’adoption par l’Union européenne de la General Food Law Regulation entendait tirer les conséquences des crises des années 1990, en particulier de la crise de la vache folle. L’encéphalite spongiforme bovine, ou ESB, avait provoqué des décès dus au nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt Jakob, mis à mal la filière de la viande bovine en Europe, l’organisation des services de contrôle et la solidarité entre États-membres. La Food Law, puis l’ensemble des règlements européens du Paquet hygiène, entré en vigueur en 2006, marquaient une évolution des principes de l’action publique européenne (séparation de l’expertise et de la décision, nécessaire communication sur les risques), transformait les institutions en charge de la sécurité de l’alimentation (création des agences, dont l’European Food Safety Authority –EFSA, au niveau européen) et annonçait une nouvelle répartition des rôles entre acteurs économiques et autorités publiques, avec l’affirmation de la responsabilité des industries de l’alimentation quant aux produits qu’elles mettent sur le marché. Près de vingt ans après cette réorganisation de l’ensemble du dispositif de sécurité sanitaire des aliments, on peut se demander comment a évolué l’action publique de ce secteur, comment les acteurs publics et privés ont modifié leurs pratiques et leurs métiers, dans quelle mesure les consommateurs ont fait évoluer leurs comportements, et pour quelles raisons le dispositif existant produit la répétition des crises sanitaires et des fraudes alimentaires.

1/ La qualité de l’alimentation : un problème public en constante expansion ?

Les travaux d’historiens publiés au début des années 2000 ont mis en évidence le souci constant des autorités publiques de garantir une nourriture de qualité pour les populations qu’elles gouvernent. La répartition des responsabilités entre acteurs publics et privés a cependant souvent variée, si l’on songe à la forte implication des guildes au moyen-âge, à l’intérêt marqué des Etats à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, ou à la corégulation actuellement en place dans l’union européenne. De nombreuses recherches ont été menées sur les institutions nouvellement instaurées au début des années 2000, en particulier sur les agences d’expertise ou sur la définition des nouveaux instruments d’action publique, par exemple la méthode H.A.C.C.P (Hazard Analysis – Critical Control Point), ou la mise en place de la traçabilité… Elles ont cependant souvent concerné les premiers temps de ces réformes et de nouveaux travaux seraient indiscutablement utiles pour mieux analyser leur impact à moyen terme. De plus, certaines crises récentes ont porté l’attention sur de nouveaux enjeux, par exemple le lobbying de certains acteurs industriels, le rôle d’alerte des associations de victimes ou le décalage entre l’expertise des agences et la décision réglementaire, la qualité des aliments distribués par les organisations caritatives… Enfin, alors que les crises des années 1990 ont généralement impliqué des dangers microbiologiques ou liées aux maladies animales (ESB, tuberculose), l’attention semble s’élargir à de nouveaux types de risques, comme les résidus chimiques (pesticides, additifs alimentaires), ou les nanomatériaux, et à leurs conséquences en termes de maladies chroniques. L’analyse de la gouvernance de la sécurité sanitaire de l’alimentation mérite donc d’être approfondie dans ce contexte renouvelé. Le rôle des associations environnementales, de victimes ou de consommateurs pour la sécurité de l’alimentation, l’interpellation des pouvoirs publics, la gestion de crise ou l’information de la population pourrait également être l’objet de propositions d’articles. Enfin, en France, la fusion départementale des services vétérinaires et de la répression des fraudes illustre ce nouveau cadrage de l’action publique, tournée vers la qualité de l’alimentation, quelle que soit l’origine des dangers et des risques qui la menace. Néanmoins, les origines de cette réforme, ainsi que les référentiels réglementaires ainsi établis n’ont pas encore fait l’objet de publications quant aux rationalités à l’œuvre ou aux implications en termes d’action publique. De tels travaux seraient particulièrement les bienvenus pour ce numéro.

2/ Vers une reconfiguration des métiers de la sécurité sanitaire de l’alimentation ?

La mise en œuvre du Paquet Hygiène a donné lieu, depuis le début des années 2000, à des recherches sur le travail dans les services en charge du contrôle de la sécurité sanitaires des aliments, dans une perspective articulant sociologie du travail, sociologie du droit et sociologie de l’action publique. Les abattoirs ont constitué un lieu privilégié d’observation, y compris les enjeux en termes de santé au travail pour les agents de l’Etat en charge de l’inspection. Les recherches abordent les pratiques et l’organisation de travail, le rapport au droit des inspecteurs, notamment la façon dont ils articulent sanction et accommodement des règles, ainsi que la nature et les conditions des interactions entre contrôleurs et contrôlés, dans un contexte parfois tendu avec les professionnels inspectés. La déclinaison concrète des nouveaux principes de la Food Law dans les services d’inspection, par exemple la communication sur les risques, a également été objet de quelques publications, qui pourraient cependant être enrichies d’analyse sur le travail de prévention à destination des consommateurs et les tentatives de modifications de leurs comportements. Certaines dimensions du travail des agents de l’Etat, en particulier la formation, la gestion de crise et d’alerte, la nécessaire évolution des savoirs et des méthodes d’inspection dans une économie de flux, sont moins bien connus. Par ailleurs, l’impact des réformes de l’Etat sur l’action publique de sécurité sanitaire des aliments mériterait d’être davantage investigué. La Cour des comptes a déjà publié à deux reprises, en 2014 et 2018, des alertes sur la perte de maîtrise, par l’Etat, de son système de sécurité sanitaire de l’alimentation. Elle met notamment en évidence les effets des réductions massives d’emplois dans les services territoriaux. De nouvelles analyses du travail des agents de l’Etat, dans leur diversité (experts, enseignants et formateurs, fonctionnaires des administrations centrales comme des services déconcentrés) sont particulièrement attendues.

3/ Les entreprises agroalimentaires, seules responsables de la sécurité de l’alimentation ?

Avec la Food Law, les entreprises agroalimentaires, réglementairement responsables des produits qu’elles mettent sur le marché, sont les acteurs incontournables de la sécurité sanitaire de l’alimentation. On entend ici entreprises agroalimentaires au sens large, depuis les producteurs fermiers jusqu’aux multinationales du secteur. De façon générale, le dispositif européen de sécurité sanitaire de l’alimentation semble recomposer la frontière entre ce qui relève de l’État et ce qui relève des entreprises, y compris dans la mise en œuvre d’une politique réglementaire. Ainsi en est-il de la reconnaissance, par les autorités publiques, d’un certain nombre de contrôles des entreprises agroalimentaires, selon des modalités très diverses : autocontrôles, éventuellement avec obligation de communication des résultats aux services de contrôle ; projet de délégation des contrôles à des sociétés d’audit en remise directe (restaurants, commerces de proximité…) ou aux abattoirs pour les productions industrielles ; définition par l’administration de variation de l’intensité des contrôles officiels en fonction de l’obtention de certaines certification par les entreprises agroalimentaires, etc. De plus, la mise en œuvre des réglementations existantes suppose une grande implication des entreprises. Or le fonctionnement interne des entreprises agroalimentaires en matière de prévention et de gestion des risques reste mal connu, en particulier pour les plus importantes d’entre elles.

Pour cet appel à articles, le type d’entreprises concerné par la prévention et la gestion des dangers de l’alimentation peut être élargi au-delà du seul secteur de l’agroalimentaire. Les entreprises de production d’additifs, d’emballage, de la logistique, les laboratoires d’analyse, les acteurs de la distribution, etc. peuvent également contribuer à la sécurité de l’alimentation et donc faire l’objet de propositions d’articles. En tenant compte de cet tel élargissement, les contributions pourrait concerner le fonctionnement interne des établissements ou des filières en faveur de la sécurité de l’alimentation (dont la mise en œuvre de la traçabilité ou des systèmes HACCP), mais aussi l’analyse de l’information et de la communication, de la promotion de produits nouveaux, ou reformulés (notamment l’étiquetage des produits, par exemple « sans » pesticides, additifs, etc.), des campagnes de publicité autour de l’alimentation saine, de l’articulation entre des données d’entreprises et des logiques sanitaires (comme le contact des clients avec les cartes de fidélité lors des procédures de retrait-rappel), etc. Les travaux à ce sujet restent peu nombreux et la revue accueillera avec beaucoup d’intérêt la présentation de nouvelles recherches dans ce domaine.

4/ Des outils sociotechniques au service des consommateurs pour garantir la qualité de l’alimentation ?

La prévention et la gestion de la sécurité sanitaire des aliments supposent que les acteurs sociaux qui en sont chargés soient équipés : des prélèvements et tests de laboratoire sont régulièrement effectués, impliquant parfois une analyse ADN lorsqu’il s’agit de garantir une origine ; la traçabilité n’est pas envisageable sans support informatique dans une économie mondialisée ; certains militants développent des sites internet ou des applications pour déclarer des toxi-infections alimentaires (exemple de https://iwaspoisoned.com/). Les applications pour smartphones qui proposent des informations sur la composition des aliments, pour manger mieux ou manger sain, ou supprimer certains ingrédients ou additifs semblent se multiplier. Face à cette évolution du rapport à l’alimentation, les services de l’Etat ne sont pas sans réaction. La mise en place de l’application Alim’confiance, qui permet de consulter les résultats des contrôles avant de choisir un restaurant, va également dans le sens d’un déploiement d’outils qui permettent aux consommateurs de participer à la sécurité sanitaire du système alimentaire. Le travail d’innovation autour de ces outils, y compris la délicate question de la propriété des données, ainsi que l’usage de ces services par les consommateurs, sont encore mal connus et des éclairages sociologiques de ces pratiques serait les bienvenus. Plus généralement, les évolutions du travail que ces outils impliquent, dans les entreprises comme dans les services de contrôle, restent pour le moment un impensé des analyses sociologiques, une lacune que notre dossier pourrait contribuer à lever.

Présentation de la revue

Sociologies pratiques est une revue de sociologie fondée en 1999 par Renaud Sainsaulieu et l’Association des professionnels en sociologie de l’entreprise (APSE). Elle est aujourd’hui éditée par les Presses de Sciences Po. La revue est intégrée dans la liste des revues scientifiques reconnues par le Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES). Elle est répertoriée sur les bases Francis et Cairn. Sociologies pratiques paraît deux fois par an. Ses numéros thématiques (environ 200 pages) donnent la parole à des chercheurs et à des praticiens afin de témoigner de réalités sociales émergentes et de comprendre les mouvements de notre monde. Le projet éditorial de la revue rend compte d’une sociologie appliquée. En ce sens, il recherche un équilibre entre monde académique et monde professionnel, entre compréhension et action, tout en portant un regard clairement sociologique pour comprendre le changement social. La volonté de croiser témoignages d’acteurs de terrain – qui agissent au cœur des transformations – et réflexions de chercheurs – qui donnent les résultats de leurs enquêtes les plus récentes – fait de Sociologies pratiques un espace éditorial et intellectuel original qui s’adresse à tout lecteur intéressé par la sociologie en pratique.

Appel à contribution permanent

Outre le dossier thématique composé des articles retenus à partir de l’appel à contributions, Sociologies pratiques propose d’autres rubriques ; par exemple : Sociologies d’ailleurs, Le Métier, Lectures, Échos des colloques, Bonnes feuilles des Masters. Des varia peuvent aussi être publiés.

Rubrique « Échos des colloques »

Qui n’est pas un jour passé à côté d’un colloque auquel il serait bien allé ? « Sociologies Pratiques » propose à ses lecteurs une rubrique « Échos des colloques ». Il s’agit d’évoquer sous une forme concise et personnelle (7.000 signes maximum), les colloques auxquels des lecteurs, désireux de faire partager à d’autres leurs impressions, ont participé.

Rubrique « Le métier »

La rubrique « Le métier » est l’un des marqueurs éditoriaux de Sociologies pratiques, revue ouverte sur les usages non académiques de la sociologie. En valorisant l’expérience d’une sociologie appliquée (recherche-action, étude, expertise, conseil, évaluation de politiques publiques…), cette rubrique offre à des intervenants qui « font » de la sociologie, mais aussi la « déforment » du fait de leurs usages, l’opportunité de rendre compte de leur pratique et de signifier ce qu’apporte le détour sociologique aux organisations pour lesquelles ils travaillent. Il est attendu des auteurs qu’ils fassent preuve de réflexivité et qu’ils exposent, outre leur terrain et leurs résultats saillants, les stratégies qu’ils parviennent (ou non) à mettre en place pour faire accepter leur approche sociologique, qui déconstruit souvent les certitudes des commanditaires et va à l’encontre des discours convenus dans les organisations.

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Travail et plateformes numériques : entre exploitation et opportunités (20 juin 2019, Marseille)

L’APSE est partenaire de l’Atelier de recherche Travail et Libertés (ArTLib) à l’IMéRA (Université Aix-Marseille).

ArTLib est un groupe interdisciplinaire et international qui vise à discuter et diffuser d’une façon innovante des idées et des pratiques liées aux transformations profondes engendrées par le travail contemporain dans la sphère des libertés personnelles et collectives des individus.

A l’occasion du cycle de conférences “Travail et Libertés aujourd’hui”, ArTLib organise une nouvelle session publique d’échanges autour de Massimiliano Nicoli (Université de Paris-Nanterre),  Luca Paltrinieri (Université de Rennes 1) et
Muriel Prevot-Carpentier (INRS Nancy).

L’avènement des plateformes numériques de travail a déterminé une série de transformations paradoxales qui concernent à la fois le travail et l’entreprise : la subordination juridique du contrat salarial laisse de plus en plus la place à des nouvelles formes de dépendance économique et psychologique, tandis que la forme-entreprise traditionnelle tend à exploser dans les différentes figures de l’autoentrepreneuriat, ou à se confondre avec le marché sous la forme de l’entreprise-plateforme. Cette situation d’intensification de l’(auto)exploitation de l’individu productif constitue pourtant le terrain d’expérimentation de nouvelles formes de coopération qui s’enracinent dans la longue histoire de l’intelligence politique du travail.

La conférence est ouverte à toutes et tous, sans réservation préalable.
Vous pouvez si vous le souhaitez vous inscrire ici pour recevoir un rappel de l’évènement : Cliquer ici

Quand les sociologues répondent à la commande : de nécessité faire vertu (compte-rendu)

Le mardi 14 mai 2019, à l’université Paris 3, nombreux ceux qui sont venus débattre des pratiques du sociologue, thème au cœur du fondement de notre association.

La parution des numéros de la revue Sociologies Pratiques : numéro 36 « La sociologie sur commandes ?  et numéro 37 Des sociologues sur le fil de la demande a nourri la réflexion sur l’art et la manière des sociologues de trouver des marges de manœuvre, des marges d’intervention dans un périmètre qui est balisé et contraint par des commandes qui font peu cas de ce qu’est la sociologie.

La participation de quatre auteurs à trois tables-rondes a enrichi le débat avec des exemples de terrain.

  • Agathe Devaux-Spatarakis, Sociologue, Quadrant Conseil & Centre Emile Durkheim, UMR, CNRS 5116 :

Article avec Thomas Delahais dans SP 36 : « Évaluation des politiques publiques et sociologie : état des lieux d’une relation distanciée »

  • Anne-Claudine Oller, Sociologue, Maître de conférences en Sciences de l’Education à l’UPEC (Université Paris Est Créteil), et chercheure au LIRTES et rattachée à l’OSC (Observatoire Sociologie Changement) et au LIEPP – Sciences Po.

Article avec Sandrine Garcia dans SP 37 : « Mettre en place une pédagogie rationnelle : de la théorie sociologique aux obstacles sociaux »

  • Elsa Lagier, Docteure en sociologie, chercheure associée au LIRTES (Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche sur les Transformations des pratiques Éducatives et Sociales) EA 7313 – Université Paris Est Créteil. Formatrice/chercheure à Buc Ressources, Le campus des métiers du social 

Article dans SP 36 : « La sociologie au service des économies d’énergie ? Déconstruire les implicites de la commande initiale pour mieux y répondre »

  • Denis Salles, Directeur de recherches, (IRSTEA) Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, Bordeaux et Directeur Adjoint du Labex COTE (www.labexcote.fr) en charge du transfert et de la valorisation.

Article avec Charles de Godoy Leski, Vincent Marquet dans SP 37 : « Sociologie et recherche inclusive : prospective collaborative pour un agenda de recherche sur l’eau »

Ces tables rondes ont été animées par les coordinateurs des numéros, membres du comité de rédaction de la revue :

  • François Granier, Sociologue, Chercheur associé, CNRS-LISE
  • Laurence Ould Ferhat, Sociologue évaluatrice, ADEME et Laboratoire « Printemps » UVSQ
  • Pierre Moisset, Sociologue intervenant
  • Pascal Thobois, Sociologue intervenant et chargé d’enseignement à Sciences Po. Paris

Nous ne vous livrons pas ici une retranscription intégrale de cette conférence-débat dense et pertinente mais seulement quelques propos pour vous donner un aperçu de cette soirée.

La conférence-débat a été introduite par Laurence Ould Ferhat qui, pour situer ces numéros de Sociologies Pratiques, a fait part de leur genèse. Deux aspects ont présidé au choix du thème. Le premier aspect partant d’un constat sur l’état de la commande en sociologie : la sociologie est convoquée pour rendre compte d’une acceptabilité sociale ; par rapport à une vision utilitariste de la sociologie qui fournit un instrument conformatiste. Le second aspect tient de l’hypothèse qu’il y aurait toujours du travail pour les sociologues mais dans une production guidée par le marché dont les résultats seraient cadrés pour répondre à des commandes institutionnelles publiques ou privées.

Puis, elle s’est attardée sur le contenu des numéros : les effets des commandes institutionnelles ou privées sur le métier de sociologue et les conséquences pour la discipline, en citant l’ensemble des auteurs et leurs apports qui viennent infirmer le plus souvent les hypothèses de départ de l’appel à articles.

Dans ces deux numéros, les rôles et la place des sociologues constituent selon elle, l’énigme sociologique qui s’illustre de la manière suivante :

  • Des sociologues confrontés à des attentes de quantification de la performance, de communication et de persuasion chez les commanditaires. Les sociologues sont chargés de contribuer à la résolution de problèmes relevant du management, de la gestion, du marketing, de l’évaluation… Les commandes peu « sociologisées » sont vulnérables à l’instrumentalisation. En effet, la commande ne s’adresse pas à ce qu’est la sociologie et la réponse serait plutôt pluridisciplinaire. La vocation de savoir critique des sociologues n’est pas attendue. Elle doit s’imposer au cours de la prestation.

Face à ce malentendu consubstantiel de la commande de sociologie générant un malaise chez les sociologues, il existe une approche constructiviste. Les sociologues trouvent leur compte malgré tout pour exercer leur métier : un regard critique est préservé. Ils parviennent à exercer leur métier en dépit des contraintes, ce qui se veut rassurant pour la discipline.

  • Les sociologues du 21ème siècle se construisent une autonomie professionnelle en s’appuyant sur des failles de la commande. Des aliénations de la commande leur procurent des ressources qui leur permettent de passer entre les mailles du filet et de desserrer l’étau de la commande. La première ressource tient à l’ambivalence des commandes : un besoin latent de compréhension, un besoin d’intelligibilité non formulé par les commanditaires. La deuxième ressource réside dans le flou des commandes : un besoin d’aide pour un objet non défini. La troisième ressource provient du soutien de la demande social au sens de la sociologie publique : l’attente d’une sociologie émancipatrice. Dans les trois cas, l’apport de sens fonde la pertinence du sociologue.
  • Ces sociologues renouvellent des pratiques face à la complexité et à la duplicité des commandes. Les pratiques sont inventives et n’utilisent plus le vocable de la dénonciation face à « l’impensé du monde néo-libéral ». Ces sociologues mobilisent de nouvelles postures qui rompent avec celles établies. Ils opèrent dans un cheminement avec les enquêtés et les commanditaires qui deviennent des partenaires de recherche. Trois types de professionnalités leur permettent de rester sociologue face à des commandes étrangères à l’univers de pensée sociologique et face au décalage entre la commande et le marché :
    • Une professionnalité assumée où les sociologues défendent ouvertement l’intérêt de la posture sociologique auprès des commanditaires et les font évoluer et déplacent la commande sur le terrain de la sociologie.
    • Une professionnalité clandestine qui emploie la ruse pour faire passer des messages sociologiques, une tactique de piratage bienveillant pour ne pas affoler le commanditaire.
    •  Une professionnalité dédoublée qui consiste à changer de temporalité dans les rôles de consultant et de scientifique dans le but de satisfaire en même temps la commande et une publication pour la recherche.

Pour conclure Laurence Ould Ferhat livre ce constat : la sociologie comme savoir critique résiste encore bien. Cependant, elle rajoute : pour combien de temps ? Tout en faisant preuve de pessimisme sur l’avenir de la discipline en ce qu’elle conçoit de ce qui fait lien social, Laurence Ould Ferhat relève le phénomène de résistance de la sociologie provenant moins d’une demande institutionnelle jugée frileuse que de l’offre, de l’engagement des sociologues et des attentes de la société civile en demande de démocratie.
Ainsi des questionnements demeurent : Est-ce que la sociologie va muter pour obéir à un imaginaire a-social ? Va-t-elle devenir subrepticement un instrument au service du nouveau régime de gouvernement néolibéral, avec disciplinarisation et formatage des conduites humaines à la clef ? La « désociologisation » du travail du sociologue est-elle déjà en marche ? Pour survivre, la sociologie du XXIème siècle va-t-elle devoir perdre son fondement de critique sociale et se soumettre aux intérêts des dominants ? Ou va-t-elle rentrer en résistance ? 

Les tables rondes sont entrées en scène pour étayer l’introduction et permettre un débat avec les participants.

1ère table ronde : La demande de sociologie existe-t-elle ?

A partir de leur expérience de terrain, l’évaluation des politiques publiques pour Agathe Devaux Spatarakis et Engie Chauffage pour Elsa Lagier, les deux contributeurs ont répondu à François Granier sur l’existence d’une demande de sociologie. L’une et l’autre ont été confrontées à une demande pour un problème à régler et non pas à une commande initiale de sociologie. De fait, la question de leur légitimité et des points de vigilance dans leurs actions leur a été posée. A cela, elles disent avoir eu à faire face à une représentation erronée du sociologue le cantonnant dans une intervention sur le social. Faire accepter une approche critique, dans le cas de l’évaluation de l’action publique avec la mise en place d’un cadre de l’évaluation, des entretiens pour comprendre les enjeux et les réseaux d’acteurs et la pluralité de valeurs, apport d’une vision systémique aux acteurs (Agathe Devaux)  et, dans le cas de l’économie de l’énergie (Elsa Lagier) la restitution de la réalité et un éclairage à travers une catégorisation des variables et une typologie des comportements. Que la commande soit explicite ou co-construite avec le commanditaire, l’apport du dialogue dans le processus de compréhension a été indéniable. Dans les deux cas, la vigilance a été de mise face à la pression de recherche de solutions et l’envie de partenariat, toutefois l’octroi des marges de manœuvres a été possible.

En réponse aux questionnements du public, chacune a mis en avant l’importance de la compréhension du cahier des charges, du travail de reformulation de la demande avec les commanditaires et les parties prenantes, de l’élargissement de la commande à tous les acteurs. Ce sont, selon elles, autant de vertus de la posture de sociologue qui leur a conféré de la notoriété et a donné de la crédibilité à la démarche sociologique au vu de la diversité des approches disciplinaires sur le marché. Le secret de la réussite serait d’accepter une distanciation du métier idéal dont la contrepartie serait un accès à des terrains intéressants.

2ème table ronde : Peut-on faire de la sociologie autrement ?

Pascal Thobois a démarré cette deuxième table ronde dans les pas de la première table ronde en effectuant cependant un préambule portant sur une lecture transverse des articles qui pointe des modalités diverses d’intervention ou de recherches avec des choix méthodologiques innovantes grâce au travail autour de la commande. Dans les numéros, il s’est décliné de « d’entrisme méthodologique », présentant une « recherche impliquée » dans la démocratie participative ; de l’interdisciplinarité liée à des collaborations avec des représentants d’autres domaines scientifiques ; de la « recherche inclusive ou collaborative » consistant à associer, de différentes manières, les acteurs de terrain à la démarche sociologique en utilisant la réflexivité des acteurs. Des articles montrent les difficultés et les freins à l’acceptation des innovations de la part du monde académique, la complexité d’une sociologie en actes.

A la suite de ce panorama, Pascal Thobois a invité les contributeurs à relater leurs choix méthodologiques et préciser en quoi ces choix déformaient-ils ou dépassaient-ils le cadre méthodologique « classique » en sciences sociales (où l’enquêteur seul construit son objet de recherche dans un champ disciplinaire assez clos et opère en extériorité par rapport à son terrain). L’objet de la discussion étant de savoir si on pouvait faire de la sociologie autrement ? Et comment ?

Les auteurs ont montré que l’on peut être loin des recherches ou des études classiques avec une co-construction de l’objet d’investigation avec le commanditaire, le terrain, avec des disciplines qui s’hybrident. Le sociologue n’est pas seulement dans une place de savant mais met à contribution le terrain.

Anne-Claudine Oller a été la première à se prononcer sur la manière dont les connaissances sociologiques pouvaient s’approprier dans l’action. Son travail d’apprentissage sur la lecture ne venait pas d’une commande mais d’une demande de contre-partie à un travail d’enquête de thèse. Au-delà d’une observation participante, son travail sur des ateliers de lecture a permis de regarder des pratiques de lecture mais aussi de mener une analyse sur la production et le renforcement des inégalités sociales, d’établir des relations de coopération avec les enseignants, voir de les conseiller.

Quant à Denis Salles, il a présenté son expérience de faire de la sociologie avec d’autres dans le cadre des agendas de recherche, dispositifs stratégiques de programmation de la recherche et recherche sur les enjeux sociétaux visant à hisser l’université de Bordeaux dans les classements internationaux. Son registre étant la gestion de l’eau. Il lui a fallu construire des partenariats avec la société et le monde socio-économique avec une équipe de sociologues. Dans son cas, les aspects inédits ont été la démarche d’implication des chercheurs avec des plates-formes présentant un dispositif et des outils structurants ainsi qu’une restitution avec des chercheurs et acteurs restituant des scénarios. Le cadre conceptuel classique n’a pas été mis de coté pour autant (analyse de réseaux, enquêtes par entretiens, animation de groupe de travail). Denis Salles a signalé son adoption d’une posture de réflexivité et d’inclusion dans la démarche ainsi que d’engagement des sociologues qui seraient les garants de l’organisation de l’agenda.

La seconde question de cette table ronde a été de se préoccuper de l’incidence de ces choix sur le protocole et le commanditaire. Les deux contributeurs s’accordent sur l’attente d’un résultat opérationnel de la commande et de fait, le commanditaire comme le sociologue sont amenés à faire des déplacements dans leur posture « classique » et des transactions sont nécessaires. Pour eux, tous les acteurs (y compris le sociologue) sont concernés et impliqués. Ils partagent le principe de recherche d’objectivation des résultats et des méthodes, caractéristique de la sociologie.

Le public a apporté d’autres cas montrant que la commande n’est pas en attente d’un sociologue mais de solutions. En cela, la sociologie doit faire la preuve de sa légitimité de son rôle. Le sociologue qui doit prendre du recul, est amené à composer pour obtenir des résultats d’où une démarche d’intervention difficilement reconnue dans le monde académique

3ème table ronde : Le sociologue peut-il être aussi un acteur dans la société ?

Pour animer cette dernière table ronde, Pierre Moisset s’est employé à provoquer le débat en dressant un tableau de la place et rôle du sociologue à partir de quelques articles des numéros. Tout d’abord le sociologue cantonné à n’être qu’un critique virulent et sans écho, ou du moins peu entendu, ou bien à n’être qu’un prestataire discret, embarqué dans les attendus de la commande qui lui est faite, puis le sociologue en prise avec la situation concurrentielle de la recherche institutionnelle et l’état de financement de la recherche, et avec des zones de compromis et compromissions variables dans la confrontation aux affluents de la commande et des commanditaires.

La question posée est la place que peut prendre aujourd’hui le sociologue face à la demande sociale de sociologie et, plus largement, dans la société. Toutefois, Pierre Moisset reformule la question en interrogeant sur ce que fait la sociologie et l’impact de l’action du sociologue (se reférant à F. Dubet ). Il revient à demander : pourquoi ne croit-on pas à la sociologie ?

Les contributeurs (Agathe Devaux Spatarakis, Anne-Claudine Oller, Elsa Lagier et Denis Salles ) se sont prononcés en dessinant à leur tour un portrait et un référentiel du métier de sociologue :

  • Au vu du contexte, il faut faire bouger l’image du sociologue et aussi le sociologue lui-même avec une prise de conscience d’être dans un nouveau champ qui réclame une nouvelle posture, une remise en cause de certaines pratiques avoir des règles d’actions
  • Remettre des collectifs au sein des débats, de l’intelligence dans les sujets, placer des logiques sociales dans l’explication des phénomènes, interroger la question de la responsabilité non pas au niveau individuel seulement
  • Le travail du sociologue serait de lutter contre les croyances en la doxa, d’où un travail de formation et de pédagogie
  • Soutenir le sociologue engagé, acteur intégré et impliqué dans les problématiques sociétales et dans leur sujet d’expertise

Les participants eux aussi ont poursuivi l’exercice, en réaction à un étonnement feint que la sociologie ne serait pas une production de savoir et de capacité d’agir. Il est acquis que le sociologue est un acteur à part entière ; de l’importance de la sociologie critique et compréhensive, de l’existence d’acteurs réflexifs pour une sociologie pragmatique

20 heures 50 !

La conférence–débat a été interrompue par le rappel de l’heure de la fermeture des locaux à 20h30. Des réflexions sont restées en suspens notamment sur les places possibles du sociologue…

Nous vous invitons à lire ces deux numéros de Sociologies Pratiques, et à vous abonner sur le site des Presses de Sciences Po pour soutenir ce travail de réflexion !

Merci à Danielle Cerland-Kamelgarn, vice-présidente de l’APSE, pour ce compte-rendu.

Apéro APSE de l’été (27 juin 2019, Paris)

jeudi 27 juin 2019 de 18h30 à 20h30
Café du Pont Neuf
14 Quai du Louvre
75001 Paris

chacun paye sa consommation (6€) auprès de l’établissement qui nous reçoit
Inscription en ligne en cliquant ici

A l’approche de la période estivale, nous vous proposons de nous retrouver à l’occasion d’un nouvel apéro convivial pour échanger dans un cadre décontracté entre membres et sympathisants de l’APSE.

Pour servir de support à nos échanges, nous proposons à chacun de venir partager une proposition d’essai(s), roman(s), BD, film(s), expo(s), musique(s) etc. en lien avec l’entreprise, le travail, les sciences sociales ou plus largement les contextes sociétaux.

L’apéro que nous avons organisé en fin d’année 2018 a ainsi été l’occasion pour les participants d’échanger autour des oeuvres et ouvrages suivant (par ordre du date de parution, les liens “pour en savoir plus” sont fournis à titre indicatif), mais aussi de leurs sujets ou projets de travail et/ou de réflexion actuels :

Une opportunité de se rencontrer, de renouveler ses perspectives de réflexion, de donner quelques idées pour la période estivale … et la seconde partie de l’année !

Vous n’êtes pas à Paris, pas disponible ce jour-là ? Si vous le souhaitez, n’hésitez pas à partager avec nous (simplement en répondant à ce mail) vos propositions de lecture, expos, films, musiques… qui vous ont marqué récemment !

Cette rencontre est ouverte à toutes et tous, venez échanger avec nous et faire davantage connaissance !

Pour des raisons logistiques, merci de vous inscrire en ligne pour indiquer votre participation à cette rencontre.

Inscription en ligne : Cliquer ici

Rencontre-débat : Patrons en France (13 juin 2019)

jeudi 13 juin 2019 de 18:00 à 19:30

« Salauds de patrons », « exploiteurs », deux expressions tenaces pour parler des patrons… mais qui sont-ils vraiment ?

L’APSE vous propose, en partenariat avec l’iaelyon et le réseau REFERENCE RH, de venir échanger autour de l’ouvrage “Patrons en France” (La Découverte) coordonné par Michel Offerlé, professeur émérite de sociologie politique à l’École Normale Supérieure, qui sera notre invité.

Les patrons…

  • Quelle est leur vision du travail ?
  • Quelle importance accordent-ils à la valeur travail pour eux-mêmes et pour les salariés qu’ils emploient ?
  • Comment voient-ils l’avenir du travail, de l’emploi et de la relation salariale ?
  • Formation, identité, trajectoires : quels rôles pensent-ils avoir à jouer aujourd’hui dans l’économie et la société ?

L’ouvrage, construit autour de trente-six entretiens menés avec des patrons, vise à comprendre qui sont les patrons en France, quelle place ils occupent dans la société française, quelle vision ils en ont.

Ce livre est le premier portrait de groupe précis et coloré qui permet, au travers de ces multiples histoires de vie, de comprendre de manière vivante et approfondie qui sont les patrons en France.

Qu’ils soient grands, très grands, petits ou moyens, qu’ils travaillent dans le bâtiment, l’industrie, le commerce ou les services, les patrons sont au centre de cet ouvrage, produit d’une enquête collective menée par des chercheurs confirmés et par de jeunes sociologues, sur ce métier beaucoup plus fantasmé, vilipendé ou héroïsé que véritablement connu.

Il s’agit de réfléchir sur les différences qui traversent les mondes patronaux et sur ce qui les unit puisque, spontanément, la catégorie « patrons » et « patronat » fait sens – même si ce sens est ambigu.

Notre invité, Michel Offerlé, est également membre du Centre Maurice Halbwachs et de l’EHESS.
Depuis plusieurs années, ses travaux portent sur l’univers des patrons au travers d’enquêtes de terrain et de plusieurs ouvrages. 

Cette rencontre-débat sera animée par

  • Blaise Barbance, vice-président de l’APSE, Professeur associé à l’IAE Aix-Marseille
     
  • Chloé Guillot-Soulez, Maître de Conférences en gestion des ressources humaines, iaelyon School of Management

L’évènement est gratuit et ouvert à tous, mais l’inscription préalable en ligne est nécessaire.
Inscription en ligne et infos pratiques : Cliquer ici

Rencontre-débat avec D. Kergoat et D. Linhart (16 mai 2019)

L’APSE est partenaire de l’Atelier de recherche Travail et Libertés (ArTLib) à l’IMéRA (Université Aix-Marseille).

ArTLib est un groupe interdisciplinaire et international qui vise à discuter et diffuser d’une façon innovante des idées et des pratiques liées aux transformations profondes engendrées par le travail contemporain dans la sphère des libertés personnelles et collectives des individus.

A l’occasion du cycle de conférences “Travail et Libertés aujourd’hui”, ArTLib organise une nouvelle session publique d’échanges autour des travaux de Danièle Kergoat et Danièle Linhart, toutes deux sociologues au CNRS.

L’émancipation des femmes par le travail: vieille lune ou actualité brûlante ?

Il est plus que jamais nécessaire de reposer cette question dans le contexte néo-libéral actuel.
Une situation qui bouleverse les formes d’emploi comme la nature du travail et qui accentue encore le clivage travail d’homme/travail de femme ainsi que l’assignation des populations vulnérables aux tâches les plus difficiles, dites non qualifiées.

Danièle Kergoat est notamment auteure de Se battre, disent-elles, La Dispute, 2012.

La subordination des salariés: l’éternelle obsession managériale

Du taylorisme au management moderne, la logique reste la même : une disqualification des métiers, de la professionnalité et de l’expérience qui tend à renforcer la domination exercée par les dirigeants.
Le travail perd son sens et précarise les salariés qui, constamment mis à l’épreuve, sont conduits à douter de leur valeur et légitimité.

Danièle Linhart, sociologue (CNRS), auteure de La comédie humaine du travail, érès, 2015.

Venez nombreux échanger le jeudi 16 mai 2019, 17h, à l’IMéRA, Maison des Astronomes – 2 place Le Verrier, 13004 MARSEILLE.

Retour sur la rencontre-débat avec Michel Lallement (11 avril 2019)

Ce texte résume la conférence présentée le 11 avril à l’IMERA par Michel Lallement, professeur de sociologie au CNAM, à l’invitation de l’Atelier de recherche sur le Travail et les libertés (ARTLib) créé en 2018 par Enrico Domaggio, dont l’APSE est partenaire. Il évoque également les discussions qui se sont développées le soir même et le lendemain durant le séminaire interne.

la conférence de Michel Lallement

Ce qui suit est une prise de notes qui récapitule, parfois de façon trop allusive, les principales idées avancées par Michel Lallement sans pour autant développer toute son argumentation.

Introduction

Un diagnostic consensuel sur les nouveaux maux du travail à l’ère de l’autonomie sous contrainte.

Une critique de la domination chez Max Weber qui la définit comme la capacité à contraindre le comportement d’autrui en vue de satisfaire sa propre volonté.

Un programme de recherche sur les utopies concrètes permettant de passer de l’opposition fonctionnelle à l’autonomie au travail, de la résistance à la pratique créative.

Un exposé fondé sur trois recherches conduites sur le phalanstère de Godin, sur les makers en France et aux Etats-Unis et sur les communautés intentionnelles américaines (voir les références plus loin). Ces recherches de terrain ont combiné travail d’archives, entretiens et de participation au long cours.

1.    Des utopies aux utopies concrètes du travail

Pour une sociohistoire des utopies concrètes

La question des utopies ressurgit dans les années 1960 et prend une ampleur croissante.

Les trois sens du mot utopie : un non lieu, un lieu d’aucun temps, un bon lieu.

Plusieurs remaniements conceptuels au gré des auteurs : Norbert Elias et son livre L’utopie ; l’émergence de deux discours sur les dystopies noires (Orwell) et sur le rapprochement entre le rêve et le possible grâce à la vitesse de développement des techniques ; Ernst Bloch (Le principe espérance) qui allie le souhaitable et le possible dans les utopies concrètes ; E. O. Wright (Utopies réelles) et l’analyse du changement social et des politiques d’émancipation.

Les traits caractéristiques d’une utopie concrète : une expérimentation bricolée, du réel, du collectif, du situé, du moral.

Un foisonnement d’utopies concrètes en France comme aux Etats-Unis (voir une carte de 2019 qui représente tous les sites développant des utopies concrètes).

Utopie, travail et commun

La question du travail occupe une place majeure dès les premières utopies : Thomas More et l’importance du travail et de la propriété dans l’île d’Utopia ; Fourier et la construction d’un modèle de travail plaisant, varié et libre ; Joseph Dejacques (L’humanisphère) pour qui le travail est ce qui fait l’humain et qui met également en avant la propriété commune et le refus des votes.

Le travail est essentiel dans les communautés inspirées par le roman Walden II et s’organise autour d’un système complexe de crédits de travail.

L’importance du travail dans l’éthique hacker : la passion, l’efficacité, la méritocratie, le geste artistique, la coopération libre et horizontale (dans la tradition de l’éthique des shakers et l’importance de la beauté de la ligne sobre dans la fabrication des objets du quotidien comme les meubles).

L’évolution des règles de propriété et le passage du copyright au copyleft.

2. Trois répertoires, trois utopies concrètes

Trois moments

A chaque bouleversement de la société émergent des contre-tendances en forme d’utopies.

La révolution industrielle et Fourier

L’organisation scientifique du travail et les développements communautaires (voir la communauté Boimondau à Valence sur laquelle il travaille en ce moment)

La révolution numérique et les hackers

Et l’on pourrait multiplier les exemples : LIP, les utopies néo-rurales, etc.

Trois moteurs d’utopies dans la période plus récente

Le décalage entre le titre et le poste et les insatisfactions des personnes éduquées qui se trouvent déqualifiées dans le système d’emploi.

Le désenchantement face aux emplois proposés (notamment dans la santé et le social) et aux conditions d’exercice qui ne permettent pas de réaliser son travail comme on le souhaiterait du fait des contraintes imposées.

Le malaise par rapport aux mouvement syndicaux dont on ne voit pas toujours l’efficacité.

Trois types de communautés intentionnelles

Les traits caractéristiques d’une communauté intentionnelle : un projet commun (respecter la nature, aspirer à l’égalité, etc.…) ; accorder la priorité au bien collectif ; travailler dans la proximité ; favoriser les interactions.

Trois types de communautés intentionnelles : les libertaires (anars, décisions par consensus), les identitaires (gourous, on se ressemble tous), les sociétaires (on construit des groupes structurés).

Dans tous les cas la question du travail est centrale. Ainsi de l’exemple des hackers space ou des fablab : un même espace, des outils, des possibilités de coopérations multiples, des innovations, des recherches alternatives, l’articulation entre le geste et la tête, des actions fondées sur le plaisir et la gratuité et non sur un objectif contraint et finalisé.

Trois exemples longuement étudiés

Le familistère de Guise de Godin : un esprit communautaire utopiste (dans la lignée de Fourier) mais aussi un succès économique, l’importance de la qualité du produit assurant la compétitivité et donc les bons salaires. Et aussi la démocratie dans les ateliers, la solidarité concrète plus que l’excellence individuelle et une réflexion sur la parité (droits similaires entre hommes et femmes).

Twin Oaks et la communauté intentionnelle tentant d’appliquer les règles imaginées dans le roman Walden Two de Skinner : féministes, écologistes, importance du collectif (repas partagés, nombreuses discussions), communauté fermée.

Noise bridge et les hackers : recyclage, bricolage, écologie, invention, travail permanent (on fait toujours des trucs), critique des experts, conviction que l’on peut résoudre les problèmes sociaux par la technique.

3. Travail libertaire : une esquisse d’idéal-type

La di-vision sociale

Comment instituer un travail libertaire à partir de ces expériences concrètes ? Cela soulève plusieurs enjeux par exemple où se situe la limite entre le travail et le domestique.

Chez Godin le travail prédomine même pour élever les enfants (solidarité, méritocratie relative).

A Twin Oaks, il y a une définition extensive du travail qui intègre les taches ménagères, éducatives, militantes et finalement toute activité utile ; et toutes ces taches sont traitées de façon équivalentes

Chez les hackers, la négociation des frontières du travail est permanente et le travail est valorisé dans ses dimensions de ruse, de subtilité, d’intelligence.

Travail et identité

A Twin Oaks, le travail est presque une religion, la feuille de travail est fétichisée, le travail est considéré comme la base de l’identité, tout le monde travaille de l’enfance à la vieillesse même s’il y a des proportions différentes.

Chez les hackers, on trouve quatre figures : le virtuose, le fidèle, le converti, l’éthique.

Les formes d’intégration par le travail

Godin : l’intégration par l’espace partagé, l’économat, la monnaie locale, les rites (hymnes, fêtes).

Twin Oaks : les crédits de travail et les contreparties (pas de salaire, seulement 100 dollars par mois d’argent de poche). Des principes d’organisation du travail très précis : variété, liberté (choisir ce que l’on a envie de faire), égalité (n’importe quelle tache en vaut une autre, prise en charge commune des taches que personne n’a envie de faire comme la vaisselle ou la fabrication du tofu).

Les hackers : être seul en groupe, constituer des bulles dans un espace collectif stimulant, un fort sentiment de faire communauté.

Travail et régulation sociale

Chez les hackers une seule règle « sois cool avec les autres » mais en réalité les espaces sont très régulés et il existe plusieurs méta-règles.

La première est qu’on est anar, on décide au consensus après des discussions très longues et régies par des techniques sophistiquées de circulation de la parole.

La seconde est la do-ocratie qui donne la priorité au « faire » et à la résolution de micro-conflits permanents car la tension est inévitable (il existe même un dramamomètre permettant de mesure l’ambiance !) et il faut sans cesse imaginer des façons de résoudre les multiples problèmes de coordination.  

Conclusion

Vers un idéal-type du travail libertaire : fluctuations et négociations des frontières du travail ; individuation et investissement axiologique dans le travail comme fin en soi ; le consensus comme mode idéal de décision ; l’importance de la liberté comme forme structurante de la coopération.

Quatre façons d’articuler utopies concrètes et changement social : la bulle (Godin), la contamination (Weber), les alliances (les hackers et les makers), la démultiplication (les communautés intentionnelles).

Annexe

Trois textes de références

M. Lallement, Le travail de l’utopie. Godin et le familistère de Guise, Paris, Les belles Lettres, collection « L’histoire de profil », 2009

M. Lallement, L’âge du faire, hacking, travail anarchie, Paris, Seuil, 2015

I. Berebi-Hoffmann, M . Ch. Bureau, M. Lallement, Makers. Enquête sur les laboratoires du changement social, Paris, Seuil, 2018

M. Lallement, Un désir d’égalité. Vivre et travailler dans les communautés utopiques concrètes, Paris, Seuil, 2019 (à paraître)

Le débat avec les participants

Sujets évoqués et questions posées

Comment le travail se régule-t-il et qui gère les feuilles de travail ?

Quelle approche de l’éducation ?

Comment êtes vous entrés dans ces communautés ?

Les inégalités ne subsistent-elles pas ?

Quel voisinage avec des expériences comme les kibboutz ou Notre Dame des Landes et même les communautés utopistes en Algérie ?

Quel lien avec la question de la compétence ?

Et André Gorz dans tout ça ?

Quels rapports ont ces communautés avec la société ?

L’organisation flexible varie-t-elle selon les circonstances ?

Faut-il s’organiser pour se libérer du travail et le mettre à distance ou s’organiser pour imaginer une autre société ?

Le travail n’a-t-il pas différents sens dans les trois cas étudiés qui se distinguent aussi par des acceptions différentes de la liberté ?

Quelle est l’importance des espaces dans ces expériences et s’agit-il aussi de se réapproprier l’espace public ?

Et les loisirs dans tout ça ?

Réponses de Michel Lallement

A propos de la régulation, on doit examiner la division du travail dans les communautés intentionnelles et mentionner la présence des planers élus pour 18 mois et qui assurent l’organisation d’ensemble tandis que des managers ont en charge un secteur, font des propositions, organisent la discussion et vérifient le travail effectué.

L’éducation au travail est essentielle chez Godin. A Twin Oaks, l’apprentissage se fait dans la réalisation concrète et l’éducation des enfants se réalise dans la communauté. Chez les hackers, on considère que tout le monde a des compétences élémentaires et l’on documente sans cesse ses activités pour faire circuler les savoirs et casser ainsi la hiérarchie entre savoir et non savoir, entre les compétents et les autres.

Les inégalités sociales restent présentes et ces mouvements concernent plutôt les classes moyennes ou supérieures dans des métiers de vocation (enseignement, santé).

La question du rapport à la nature est importante dans ces expériences, nature tantôt considérée comme hostile (Considérant) tantôt magnifiée comme lieu de toutes les connaissances et de toutes les beautés (Thoreau).

N’a pas vraiment travaillé sur les autres mouvements évoqués (Kibboutz, Notre Dame des Landes, Nuit debout) mais il y a certainement des analogies.

L’importance de la présentation de soi (voir Goffman) dans le fonctionnement de ces communautés qui fixent des règles précises pour le déroulement des interactions : le prénom seulement, le vrai ou un inventé, le regard dans les yeux pour savoir si l’autre souhaite échanger ou être seul, la demande si l’on peut poser une question.

Gorz est d’abord un philosophe chez qui il n’y a pas d’entre-deux social, seulement une opposition entre individus et société. Mais sa distinction entre travail autonome et hétéronome est fructueuse.

La question des frontières du travail se pose toujours et cela engage les représentations du travail, lequel est structurant des pratiques.

La liberté et la gestion des free riders qui profitent de la situation. Le principe de liberté absolue n’exclut pas l’existence de managers implicites et l’usage de l’affect pour mobiliser les personnes.

On peut repérer plusieurs formes élémentaires de relations de ces communautés avec le « Grand Monde » : la contrainte (les liens avec les administrations), le repli (des règles internes spécifique et une certaine autarcie), l’implication (commerce), la contestation (engagement politique).

L’explosion des catégories structurantes de notre pensée : la notion de loisir n’a plus aucun sens, l’opposition entre public et privée est très floue, la notion même de droit du travail fait question.

la discussion interne le lendemain avec Michel

Mes commentaires introductifs à la discussion

Des questions posées à Michel mais aussi à tous les membres de l’atelier en vue de mieux définir nos objectifs et d’élaborer une sorte de programme de travail partagé.

Des voisinages forts avec notre projet ARTLib

Une grande proximité de thème, de point de vue, d’approche, de matériau.

L’importance de l’analyse concrète des expériences et des initiatives.

Le travail considéré d’abord comme une pratique sociale et aussi comme une œuvre et une action.

La tension entre autonomie/hétéronomie et aliénation/émancipation.

L’approche par les rapports et par les processus sociaux.

L’approche pluridisciplinaire.

Des questions générales

La sociologie critique aujourd’hui et son application au travail (voir en détails la page 6 du texte envoyé).

Les possibilités de généralisation de ces expériences ponctuelles et la façon d’intégrer ces espaces marginaux dans la société et dans l’économie.

Les limites de la régulation do-ocratique et les risques d’élitisme.

Les différences selon les contextes productifs de ces expériences : effet de taille, différences sectorielles (production, service) et statutaires (public, privé, associatif, indépendant).

Des questions sur le travail

L’opposition traditionnelle entre approche substantielle et travail comme rapport social (Friedmann/Naville) a-t-elle encore du sens aujourd’hui ?

La question de la liberté du sujet dans cette tension entre autonomie et hétéronomie et la possibilité d’émancipation dans un travail contraint et aliénant.

Le poids des collectifs dans cette même tension et l’effet de la dissymétrie de pouvoirs et les conflits que cela génère.

Les conséquences sur les modes d’organisation du travail et les modes de gestion des entreprises.

Des questions sur les utopies

Le travail dans la communauté intentionnelle est-il vraiment différent du travail contraint ? Il y a toujours une division du travail, une allocation de ressources rares, des préférences individuelles, une distinction entre travail simple et complexe, une difficulté à construire des équivalences, à combiner liberté et planification. Ou réside alors la différence ? Dans le travail pour soi, dans l’importance de la coopération dans le flou des frontières entre travail et vie ?

Des questions de méthode

Observer, interroger, écrire

Croiser tous les modes d’investigation

Articuler travail de terrain et travail théorique au delà de la simple description fine éventuellement mise en forme par des typologies

Avoir une posture de recherche-action

Les réponses de Michel

Une insatisfaction par rapport aux sociologues du travail qui ne s’intéressent pas aux mondes possibles, qui restent souvent engoncés dans la dénonciation, certes pour de bonnes raisons, mais sans examiner vraiment la diversité des formes concrètes de cette domination et les tensions qu’elle manifeste.

Des références personnelles : Weber plutôt que Hegel, la tension sans dépassement plutôt que la dialectique ternaire, Abensour, Castoriadis, De Mynck, Tromm. Et un intérêt marqué pour la sociologie critique avec l’intention de relier sociologie du travail et sociologie politique.

La question de la généralisation est en effet essentielle et on peut la décomposer en deux interrogations. D’abord comment faire une sociohistoire des utopies concrètes ? Pour cela il faut distinguer des phases et des répertoires historiques permettant de classer la grande variété des utopies. Ensuite qu’est-ce qui fait levier dans le changement ? Soit une approche par le bas et une analyse des mécanismes sociaux de diffusion, soit une approche par le haut mais ce n’est pas ce qui est cherché.

La régulation do-ocratique n’est en effet pas exempte de critiques car elle peut donner un pouvoir excessif à ceux qui prennent des initiatives et ont les ressources pour le faire ce qui accroît les inégalités. A ce propos, il importe de préciser que les conflits, loin d’être des dysfonctionnements, sont immanents et il convient de les exprimer, de les traiter pour parvenir à une régulation satisfaisante. De même la domination ne disparait jamais vraiment car les tensions subsistent. Les makers sont conscients de ce risque de dérive et de prise de pouvoir mais ils pensent que cela peut se résoudre par la technique.

Pas de réponse sur la question de la diversité sectorielle car il s’est limité à l’analyse des situations les plus radicales.

L’opposition entre Friedmann et Naville reste d’actualité et il se situe clairement sur le second pôle, celui du travail considéré comme un rapport social et celui qui considère que ce sont des enjeux sociaux qui déterminent les frontières du travail.

Concernant la méthodologie, il insiste sur certaines de ses options : refuser le déjà là, regarder d’abord les processus, examiner les formes d’institutionnalisation, considérer le travail comme structurant des identités.

Les sujets abordés par les autres membres du collectif

Quelques questions et commentaires évoqués rapidement ici juste pour laisser une trace que chaque intervenant pourrait développer et argumenter.

Christophe

Comment se constitue le savoir ? La science est d’abord une analyse de la répétition qui a tendance à exclure les possibles transformations qui justement ne se répètent pas.

Le travail révèle bien cela car l’activité n’est pas que répétition et, dans ce cas, comment faire science ? La clinique de l’activité est intéressante à cet égard car elle cherche la permanence des transformations et à créer du conflit comme moteur de transformation.

Enfin, comment aller au-delà d’une simple collection d’observations ?

Carmen

 Qu’en est-il de la joie, du beau, du sensible, de l’art dans le travail ? C’est une question cruciale pour les utopies.

Les transformations techniques évoquées concernent plus les processus de discussion et de décision que la production et le travail lui-même.

Anne Marie

La science c’est aussi voir d’où vient le nouveau, comment émergent les marges.

Et comment analyser le couple liberté/domination ? Ainsi la hiérarchie reste une domination même si elle ne correspond pas tout à fait au critère wébérien. De même la pression morale est aussi une forme de domination.

Blaise

Quelle est la robustesse de ce modèle utopiste ? Y a-t-il de la qualité, de l’efficacité, de la pérennité ? Quels leviers pour élargir ces pratiques au Grand Monde : l’investissement identitaire, les projets de vie, le consensus, la plasticité ?

Maria Grazia

Examiner les finalités de la discussion dans le fonctionnement de ces communautés.

A propos des hétérotopies qui fonctionnent par elles-mêmes ou qui ont un rapport avec le système.

Le rapport au religieux, à la laïcité, aux valeurs.

Enrico

La défaite du rêve émancipatoire du travail qui conduit à la déception.

Le risque pour notre groupe d’avoir une approche trop centrée sur le travail et qui négligerait le pôle liberté alors qu’il importe de réfléchir aux diverses formes de liberté dans le travail qui par nécessité exprime les contraintes du réel.

Se demander également si les dominés ont toujours une idée de liberté, s’il n’y a pas aussi de la servitude volontaire, de la complicité voire une perversion du désir de liberté.

Frédéric

Le processus de subjectivisation, les affects, la désassignation qui crée du nouveau.

La violence sociale et la construction des communautés utopiques face à cela.

Luc

Qu’est-ce qui est au centre de ces expériences et qu’est-ce qui les fait tenir ? Le récit et le contre-récit, les récits mobilisateurs et la place de la culture dans tout cela ?

Quelle différence entre utopie et dissidence ? Faire quelque chose d’autre ou vivre entre soi ?

Fred

Quel intérêt de juxtaposer ces projets si différents entre le paternalisme de Godin et l’individualisme anarchiste, entre vision libertarienne et communiste ?

L’empathie, le rapport au sujet et ses limites.

Elisabeth

La sociologie critique et ses limites et l’importance de montrer les mondes possibles.

Y a-t-il d’autres chercheurs qui travaillent dans cette même mouvance ?

Les réponses de Michel

Quelques éléments rapidement notés et ne faisant pas cas des arguments développés.

La posture du groupe

La variété disciplinaire très forte, son intérêt et ses difficultés.

Quelle est votre épistémologie dans ce groupe ?

En sociologie, on distingue approches popérienne et critique. Pour sa part, il se réfère à Passeron et à la définition des disciplines à moyenne portée mais aussi à Feyerabend et son éclectisme théorique qu’il applique aussi sur ses sources ce qui est rare dans en sociologie, chacun ayant sa spécialité, son approche.

Il considère aussi qu’il avance en marchant, en étudiant des cas singuliers pour monter en généralité en modélisant des pratiques.

Se réfère aussi à Philippe Bernoux et ses travaux sur les organisations, le travail à soi, la capacité à se construire une identité dans le travail pour être reconnu, la possibilité toujours existante de créer des marges, d’avoir une certaine autonomie au risque d’une vision enchantée qui lui est parfois reprochée.

Utilise aussi les idéaux-types wébériens pour repérer des cohérences et rendre possibles les comparaisons.

La question du dépassement des situations insatisfaisantes

Le dépassement a plutôt lieu dans l’organisation du travail que dans le travail lui-même qui reste souvent un sale boulot et que l’on ne peut pas réenchanter aisément (contre Coutrot).

Le dépassement est aussi dans le rapport entre travail et projet de vie.

Une certaine déception quant au plaisir et à la joie que procurent de telles expériences mais en même temps les gens restent assez longtemps ce qui laisse penser que c’est quand même intéressant pour eux notamment parce que l’identité de chacun est mieux reconnue. Dans ces communautés, il n’y a pas que le travail mais également des fêtes, de la musique, du théâtre, une forte sociabilité, des rites païens, etc.

Les hétérotopies

Une notion foucaldienne intéressante mais limitée. Dans les utopies il y a un projet collectif.

L’auto-exploitation

C’est une contradiction dans les termes car l’exploitation est un rapport entre des personnes. En revanche, on peut parler de servitude volontaire qui peut aussi exister dans les communautés intentionnelles.

La sociologie critique

La sociologie critique fait généralement le pari de la négativité ( Adorno). Il y a certes des arguments mais on peut aussi « faire jouer le réel sur ses gonds » (Abensour), « rien faire comme une bête » (Adorno), ne rien faire (Boch), prendre au sérieux la capacité des sujets à définir des alternatives.

La comparaison des terrains

Il y a bien sûr des limites à cette comparaison dans le temps et dans l’espace et il y a des dimensions culturelles spécifiques aux Etats-Unis et à la France par exemple quant à l’importance du financement public, des formes de protection sociale, des réticences à l’égard de l’Etat ou du marché.

L’effet taille est déterminant, les formes d’utopies et les objets auxquels elles s’exercent n’étant pas les mêmes dans les tous petits groupes ou dans des communautés importantes.

La question de l’efficacité

Quand le travail est une finalité en soi la question de l’efficacité ne se pose pas dans les mêmes termes. Marcuse distingue travail finalité et liberté.

La question de l’accaparement par les entreprises ne peut être une main mise mécanique car il y a en fait une pluralité de pratiques.

Le rapport au monde

La question du rapport au monde est décisive et prend diverses formes : on s’attache, on se détache, on compose avec le Grand Monde. D’où l’importance des valeurs mais aussi des rites.

Une grande porosité avec la société extérieure comme condition de survie.

Les récits fondateurs

Les communautés intentionnelles utilisent des récits fondateurs et en produisent de nouveaux qu’elles diffusent en leur sein voire au-delà.

Les utopies

Les communards parlent eux-mêmes d’utopie mais en sachant qu’elle n’est jamais atteinte. C’est un geste vers qui suppose de la réflexivité permanente car il n’y a pas de modèle achevé comme dans les utopies abstraites.

Quelques suggestions pour notre séminaire

Pas facile de discuter entre disciplines, de créer un espace commun sans renoncer aux spécificités de sa discipline d’appartenance.

Faire raisonner travail et liberté dans toutes les disciplines, chacun faisant un article du point de vue de sa propre discipline.

Faire un terrain ensemble est assez complexe. Plutôt choisir un objet froid que chaud, par exemple un travail sur des archives, des expériences déjà réalisées permettant de croiser des regards, des approches. Eventuellement faire des entretiens en duo pluridisciplinaire.

(texte de José Rose, 16 avril 2019)

Cabanon socio : l’absentéisme en entreprise (Marseille, 6 juin 2019)

Venez à notre rencontre pour ce quatrième cabanon socio autour de la thématique : l’absentéisme en entreprise.

Les cabanons socio sont des moments d’échange proposés par l’APSE à Marseille autour d’une situation concrète en entreprise, dans une ambiance conviviale et avec un nombre de participants limité, afin de confronter les pratiques, questionnements et méthodes d’intervention mobilisant la sociologie de l’entreprise.

Au cours de cette session, Jean-Michel BARDET présentera le cas de son entreprise qui ambitionne de réduire l’absentéisme au travail de son personnel.
L’objectif visé est de passer en dessous de la barre de 8 jours par an et par agent. En 2018 nous sommes à 14,1 jours.

Peut-on réduire l’absentéisme ? En quoi l’entreprise peut-elle agir sur les absences, les arrêts maladies de son personnel ?
Comment réduire l’absentéisme ? Quels sont les déterminants de l’absentéisme ? Pourquoi les salariés s’absentent-ils de leur travail ? Qu’est ce qui conduit un agent à s’absenter, à ne pas se présenter à son travail ?
Comment mobiliser les directions, les différents niveaux de management sur ce sujet ? Comment traiter ce sujet avec les partenaires sociaux ? Et avec les agents ?
Les nouveaux modèles managériaux ont-ils un impact sur l’absentéisme ? Qu’en est-il de l’influence des tendances actuelles en matière d’aménagements des espaces de travail (open space, flex office) ?

Que peut apporter la sociologie d’entreprise sur cette thématique, au plan des concepts, des méthodes et de la posture d’intervention ?

Ce cabanon sera aussi l’occasion de découvrir une méthode d’animation des échanges et de travail en groupe, basé sur un protocole proche du co-développement.

Une synthèse sera formalisée sous forme de mind-mapping.

Animation : Blaise Barbance, vice-président de l’APSE.

Jeudi 6 juin 2019 18h-20h

Ecomotiv
2 Place des Marseillaises
13001 Marseille
au pied des escaliers de la Gare St Charles
Espace coworking 1er étage

Attention le nombre de places est limité (10 personnes maxi), l’inscription en ligne est nécessaire.

Pour les prochains cabanons socio de l’APSE, si vous souhaitez proposer un sujet (problème, préoccupation, projet) sous la forme de cas d’entreprise, merci de contacter Blaise Barbance (blaise.barbance@univ-amu.fr).

Inscription en ligne :Cliquer ici

Quand les sociologues répondent à la commande : de nécessité faire vertu (Paris, 14 mai 2019)

En janvier 2017 la revue Sociologies Pratiques lançait un appel à articles sur la question : « Quelles demandes pour quelles sociologies au XXIème siècle ? ».
Cet appel s’était donné comme objectif d’apporter un éclairage sur la situation contemporaine de la sociologie et sur son rapport à la société en partant de la demande sociale et des commandes auxquelles elle peut donner lieu.
Devant l’abondance et la qualité des intentions d’articles reçues, le comité de rédaction de la revue avait décidé de leur consacrer les deux numéros à paraître en 2018.

Le premier, le numéro 36, a permis de faire un point sur la demande de sociologie en tant que telle :

  • Existe-t-elle bien ?
  • Sur quoi porte-t-elle ?
  • S’adresse-t-elle vraiment à ce qu’est la sociologie ?
  • Quels sont les différents registres de réponse mobilisés par les sociologues ?
  • Comment font-ils pour tenir leur posture professionnelle analytique face à certaines commandes (souvent instrumentales, orientées par des logiques gestionnaires ou managériales et « l’esprit de calcul ») ?
  • Ces dernières ne sont-elles pas aussi mâtinées d’une demande croissante d’explication et de compréhension ? La sociologie critique y a-t-elle encore sa place ? 

Le deuxième, le numéro 37, est plus particulièrement centré sur le traitement concret des commandes, avec ce qui peut en ressortir :

  • types de résultats,
  • pratiques et méthodes innovantes (tendant notamment à inclure de plus en plus les acteurs du terrain dans une démarche collaborative et par leur mise en réflexivité),
  • retours pour la discipline,
  • liens entre sociologues et terrains de recherche ou d’intervention (pouvant aller jusqu’à l’engagement) ainsi qu’entre sociologues et « publics » (pour la diffusion des résultats).

Le paysage qui ressort de ces deux numéros est celui d’une discipline en mutation ; à la fois plus inclusive, collaborative, pluridisciplinaire… et plus que jamais lucide sur ses fragilités.
Celui d’une discipline plus ouverte à des formes d’hybridations entre production, traduction et application du savoir ; d’alliances inédites entre acteurs dans la co-construction des interprétations sociologiques ; d’une plus grande porosité entre sociologie praticienne et sociologie académique etc.

Celui, aussi, d’une discipline qui s’expose parfois à des déconvenues et à la mauvaise conscience, quand la société se méfie des sociologues ou les renvoie à des rôles « d’acceptologues » à des fins utilitaristes, pour reprendre les mots d’un auteur. 

Face aux terrains, les sociologues innovent et donnent à voir dans ce numéro les coulisses de leurs pratiques professionnelles ordinaires et la réflexivité qui s’y exerce, autrement dit leurs compétences.
Et ils semblent innover davantage sous la pression de facteurs exogènes qu’endogènes, parfois à marche forcée, et en premier lieu sous la pression des commandes explicites (solvables) et des demandes implicites (informulées) qui leur sont adressées en ce début de 21ème siècle.
En ce qui concerne les premières, tout l’enjeu semble alors de faire de nécessité vertu pour satisfaire des attentes dont l’imprécision et l’ambivalence sont autant d’interstices pour exercer les fondamentaux de la discipline, parfois même à l’insu des commanditaires.
Les ruses de la mise en œuvre, révélées par la sociologie du guichet dans les services publics, s’appliqueraient aussi aux sociologues !
Quant aux deuxièmes, elles représentent un continent encore largement inexploré.

Avec la présence de certains des auteurs et des coordonnateurs de ces numéros, cette rencontre-débat sera l’occasion d’échanger sur la fabrique de la sociologie en mode plus ou moins contraint par des commandes aux logiques variées, et d’explorer ce que cela engendre pour la discipline.

Mais, après tout, n’est-ce pas ainsi que la discipline est en train de réinventer de nouvelles manières de faire, de plus en plus en prise avec la réalité, ni crédules ou complaisantes, ni repliées sur elles-mêmes au nom du refus total de toute compromission ?

Peut-être même un nouveau « genre sociologique » pour reprendre une expression de Sylvie Monchatre ?
Ce questionnement amène à appliquer un regard sociologique sur la sociologie en actes et à contribuer à la production d’une réflexivité sur les pratiques, qu’on peut lire comme la marque d’une forme de maturité et de professionnalisation… et une manière de s’armer intellectuellement face au défi permanent de la réceptivité du discours sociologique.

Avec la participation d’auteurs de ces deux numéros :

  • Agathe Devaux, Sociologue, Quadrant Conseil & Centre Emile Durkheim, UMR, CNRS 5116,
  • Sandrine Garcia, Sociologue, professeur en sciences de l’éducation, IREDU (Institut de Recherche sur l’Education), Université de Bourgogne, 
  • Elsa Lagier, Docteur en sociologie, chercheure associée au laboratoire DynamE (Dynamique Européennes) UMR 7367 – Université de Strasbourg,
  • Denis Salles, Directeur de recherches, (IRSTEA) Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, Bordeaux

Cette rencontre-débat sera co-animée par les coordonnateurs de ces deux numéros :

  • Laurence Ould Ferhat, Sociologue évaluatrice, ADEME et Laboratoire « Printemps » UVSQ,
  • Pascal Thobois, Sociologue intervenant et chargé d’enseignement à Sciences Po. Paris,
  • Pierre Moisset, Sociologue intervenant,
  • François Granier, Sociologue, Chercheur associé, CNRS-LISE.

Cet évènement est gratuit et ouvert à toutes et tous, mais l’inscription préalable avant le 7 mai est obligatoire, une pièce d’identité sera demandée à l’entrée.

Vous pouvez vous procurer ces deux numéros :

Pour soutenir la revue Sociologies Pratiques, l’APSE vous invite à vous abonner sur le site des Presses de Sciences Po, vous recevrez ainsi directement chez vous les prochains numéros.

mardi 14 mai 2019 de 18h30 à 20h30

Université Paris III
salle 218 A (2e étage du bâtiment central)
13 rue Santeuil
75005 PARIS
Métro Censier-Daubenton ou Bus 91 Saint-Marcel Jeanne d’Arc

Attention : une pièce d’identité sera demandée à l’entrée, l’inscription préalable est obligatoire

Inscription en ligne :Cliquer ici